RomanLe Dernier Enfant de Philippe Besson

Le Dernier Enfant de Philippe Besson

C’est l’histoire simple de gens qui avancent sans attentes particulières, sans aspérités notables.

Dans  « Le dernier enfant » de Philippe Besson, l’écrivain  raconte une histoire simple, celle du petit dernier d’une famille comme les autres, qui quitte le nid familial pour prendre son envol.

Un moment particulièrement éprouvant pour une mère et un père.

Elle, c’est Anne-Marie. Elle a consacré sa vie entière à ses trois enfants. Ses deux aînés ont pris leur envol il y a longtemps déjà. Théo, le dernier enfant, est celui qui vit encore avec sa famille jusqu’à ce matin-là.

Patrick, son mari, est un taiseux , assez taciturne, mais c’est un bon époux et un bon père. Il n’aime pas du tout s’épancher, tait ses sentiments, qui existent et il le prouve et préfère éviter les conflits. Il parle fort peu, mais il fait.

Ensemble ils ont trois enfants, une vie assez ordinaire, que décrit l’auteur avec justesse, sans pathos, sans sensiblerie, avec une formidable économie de moyens. Avec Patrick, ils forment un couple assez banal et manquent de curiosité sur le monde qui les entoure, probablement par manque de temps.

Ils vivent dans un milieu populaire et depuis trente ans dans le pavillon dont elle a hérité lors de la disparition accidentelle de ses parents. Patrick travaille, a grimpé les échelons de simple vendeur à chef de rayon dans une grande surface.

Anne-Marie, n’est pas que femme au foyer s’occupant de ses géraniums, du linge, de la cuisine, de la maintenance du foyer. 

Elle travaille elle aussi dans la même grande surface que son mari, mais sans doute à la Direction. Chaque weekend, Patrick tond la pelouse du jardin. Les vacances au camping sont toujours les mêmes, leurs connaissances n’ont pas changé en 30 ans. Ce sont toujours les mêmes têtes qu’ils fréquentent, les mêmes histoires qui sont racontées.

C’est une vie monotone dont ils n’attendent pas grand chose, soudain bousculée lorsque quelque chose sort des habitudes.

Pour la lectrice que je suis, cette famille sent les joies simples, la monotonie d’une vie dont on attend juste que celle-ci se déroule sans trop de complications.

L’histoire que raconte Phillippe Besson est une histoire banale, universelle de gens sans histoires. La force de l’écrivain réside dans sa façon de nous la conter et de la rendre si touchante, si profonde. Le jour où, le petit dernier de la tribu,Théo ,décide à son tour de partir, tout s’effondre pour Anne Marie qui le vit comme un tremblement de terre, une dévastation, à laquelle elle n’est pas préparée. 

Submergée par quelque chose qu’elle n’attendait pas, Anne-Marie va devoir « repenser son rôle ». Les parents  face à eux-mêmes se retrouvent face au couple qu’ils forment.

‘’On s’oublie, on  s’efface, on se dilue quand on est parents’’

Le temps a passé , il a passé très vite …et le temps qui reste est sans doute beaucoup moins excitant…

Ce qui est intéressant dans ce livre c’est certainement la façon dont l’écrivain a réussi à se glisser dans la peau de cette femme et à reproduire le déchirement qu’elle ressent.  

Les sentiments, comme c’est toujours le cas chez Besson, sont très bien décrits. 

Anne-Marie vit ce départ comme un véritable abandon et la perte de signifiance de sa vie. Comme beaucoup de femmes, elle l’a construite autour de ses enfants et a oublie d’être femme, épouse, et peut-être amante.

Comment se réinventer après toutes ces années?

L’auteur parvient avec finesse à recréer cette ambiance un peu « déprimante » de ce couple, qui ne partage pas grand chose et a peu en commun, mais qui ne cherche pas la complication.

Un couple, qui, au fil des années, a développé une forme de routine qui les rassure et qui, soudainement, avec le départ du fils explose. 

L’amour entre les parents est un amour tu, non exprimé, et cependant attentif à l’autre, respectueux de l’autre et vécu pleinement mais dans le silence. 

Ce sont des gens qui s’aiment mais ne se le sont jamais dit. Les gestes sont parfois maladroits, mais malgré tout, il y a un veritable respect et amour entre ces deux là. 

Patrick sent sa femme, il comprend sa douleur, et tentera avec ses moyens de « la sauver »  de ce désespoir qui la mine. Il la sent si bien qu’il lui évitera de se suicider en se jettant du haut d’un pont de pierres.

J’aime cet écrivain qui très vite, et avec facilité, fait rentrer le lecteur dans son histoire à l’ambiance si particulière. L’écrivain, sensible, met bien en avant le paradoxe lié à la parentalité, qui est celui d’élever ses enfants afin de les faire grandir et les rendre indépendants.

Pourtant le jour où ils partent, cette réussite est souvent vécue comme un véritable échec, car le parent se retrouve devant cette peur ancestrale de perdre celui ou celle qu’il aime le plus.

Une histoire universelle qui, par la façon dont elle est racontée, nous touche tous en tant que parents.

Lire a toujours été ma passion. Raconter des histoires, partager des récits avec les gens que j’aime… Suite à de nombreuses demandes, j’ai décidé de créer ce blog afin de vous faire partager mes coups de coeur.

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