"Je donnerais tout, n'importe quoi, pour être l'homme à qui cela n'est pas arrivé. Je ne peux m'y résoudre. J'ai essayé toute ma vie, et je ne peux pas m'y faire.. et désormais, je devrais être cette personne, pour toujours "

January 25, 2017

Sorti en 2010 , ce livre ouvertement autobiographique est un pur chef d’oeuvre…

 

J’ai tenu absolument à le relire afin de le partager avec vous.. 

 

Il s’agit d'un récit sur la perte de l’enfance, l'histoire d’un homme d’une quarantaine d’années qui a

 

dans le coeur la douleur de la beauté d’une vie qu’il n’aura pas eue, une vie dont il a été

 

injustement exclu …

 

D’une honnêteté cruelle et désarmante , où respectabilité et déshonneur se marient avec naturel..

 

ce livre me laisse à chaque fois sans voix... le degré de violence sous jacent explose au visage du

 

lecteur au fur et à mesure qu’on avance dans l’histoire...

 

Celle-ci débute à la mort du père de l’écrivain..

 

Alors qu’il a toujours cru qu’il sauterait de joie, le jour où celui-ci

 

viendrait à mourir, Goolrick réalise qu’il n’en sera jamais délivré, pas un jour , pas même une

 

heure 

 

"je croyais que tout le poids du monde s’envolerait de mes épaules..au lieu de quoi j’étais

 

submergé de chagrin…"

 

Pour survivre, il va devoir apprendre à vivre avec cette blessure qu’il porte au plus profond de sa

 

chair et qui lui dévore tout semblant de vie normal...

 

Robert Goolrick nous livre l’histoire de sa jeunesse perdue. 

 

Nous sommes en Virginie des années 50…

 

C’est l’époque du rêve américain où tout est possible…  où l’on prône sa réussite sociale comme

 

une affiche publicitaire qui déterminera si l’on est fréquentable ou non.

 

C’est l’époque des faux semblants, des femmes élégantes aux coiffures sophistiquées qui ne

 

travaillent pas et passent leur journée à cuisiner, afin de passer le temps…

 

C’est l’époque où il est plaisant de s’afficher dans les cocktails en vue qui n’en finissent pas, 

 

c’est l’époque des gens charmants , cultivés qui passent leur temps à refaire le monde pour

 

tromper l’ennui qui s’immisce en eux.. 

 

La peur de la mort qui ne rode jamais loin…et qu’il faut à tout prix maintenir à distance...

 

Ce sont des hommes et des femmes qui ne cessent de fumer, de boire "des Gimlet,  des

 

Manhattan, des Gibson, des Vodka Stinger, des Graasshopper".. des gens qui se montrent drôle et

 

subtile dans les mondanités afin d’échapper à ce vide existentielle qui les submerge et où les jours

 

se ressemblent tant… 

 

C’est cette Amerique profonde où l’on cherche  à tromper l’ennui, à guetter une respectabilité afin

 

de gagner un ticket d’entrée à tout évènement mondain que décrit si intelligemment l’écrivain  

 

Des gens faussement sympathiques, qui élèvent leurs enfants , mais qui s’en occupent si mal…

 

Car derrière l’image de la réussite des parents se cache celle de l’échec, des espoirs rompus…des

 

petits secrets avilissants avec lesquels on finit par s’accorder tant bien que mal ..

 

Un jour tout va basculer et rien ne sera plus jamais comme avant…

 

C’est le début de la fin ..obligeant Goolrick à se construire une personnalité pour fuir la sienne et

 

ne surtout pas parler de soi..

 

Cet amour qu’il n’a pas reçu de ceux qui sont censés l’aimer il va le rechercher partout, dans ses

 

excès (sexe, drogue et alcool) ses rencontres furtives dans des hotels miteux.. ses passages dans

 

les hôpitaux psychiatriques...

 

Il traversera des années atroces, se tranchera la chair jour et nuit,  seul moyen d’exorciser sa

 

souffrance , de l’extirper par le mal afin de se libérer de cette pression qui lui écrase le coeur,"

 

pour que quelqu’un, enfin, le voit … "

 

"Comment ont ils fait pour continuer sachant ce qu’ils savaient et chacun ce que l’autre savait … »

 

L’auteur ne condamne pas..il raconte avec des mots simples et justes, l’histoire de ses parents qui

 

n’ont pas su le protéger comme ils auraient dû le faire…

 

En terminant ce livre, J’étais triste d’abandonner cet enfant et d’assister impuissante à sa

 

destruction , lui qui avait tout pour réussir …

 

J’avais envie de lui tenir pendant un long moment la main…et lui dire…"ça va aller…Toi aussi, tu

 

mérites tant d’être aimé….

 

 

 

 

 

 

 

 

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