​« Il y a des gens qui observent les oiseaux, d’autres qui regardent les étoiles..."


En 1980, Gay Tallese, journaliste réputé du New York Times et romancier à ses heures, reçoit une

lettre anonyme.

L’expéditeur, propriétaire du Manor House Motel a passé plus de 10 ans à mater, épier, scruter ses

clients et leurs pratiques sexuelles à leur insu, en installant un véritable laboratoire d’observation dans

son Motel.

En effet, il ira jusqu’a équiper une dizaine de chambres de grilles d’aération factices permettant

de voir sans être vu…

Nostalgiques de ses années de voyeurisme, il décide de partager avec Gay Tallese ses bobines d’images

« images du plus grand voyeur du monde » comme il aime se présenter …

Ayant hébergé un large échantillonnage représentatif de la population américaine, Gerald Foos se

convainc qu’il n’a rien fait de mal. « Les gens qui espionnent c’est vieux comme le monde. » .Et si

personne ne se plaint, c’est parce qu’il n’y a pas violation de la vie privée de chacun. »

Ce qui le motive, mise à part le fait d’assouvir ses pulsions de voyeur, c’est son « étude sociologique

sur la façon dont les gens se comportent sur le plan sexuel dans la chambre à coucher. »

Que se passe t’il vraiment dans l’intimité des gens, une fois la porte refermée…

De l’autre cote des grilles d’aération, Gerald Foos, dont l’ego nous explose au visage à chaque page, se

voit comme un explorateur des territoires encore inconnus scrutant ce que la majorité des gens

redoutent et nient chez eux : les tabous, les secrets, les diables et les démons , l’inconnu qu’est le


monde du sexe….

Jamais l’idée ne lui est venue de condamner son attitude …

Car à force d’avoir trop vu, Gerald Foos finira par se rendre coupable d’un comportement lâche,

privilégiant son activité de voyeur, au point d’oublier de dénoncer un meurtre qui se déroulera sous ses

yeux…

Ce qui justifie, selon lui, sa conduite, c’est qu’il se présente comme un homme, décidé à révéler au

grand jour les hypocrisies et les appétits secrets de ses contemporains , alors qu’il oublie être le


premier à dévier de la conduite requise de tout citoyen ayant un minimum de moralité..

Pendant 30 ans, il fera promettre au journaliste de ne rien publier sans son accord, afin de ne pas être

mis en danger …ce n’est qu’en 2014 que Gay pourra enfin révéler au grand public cette histoire

complètement farfelue, souvent glauque , qui le rendra aux yeux de certaines critiques complice de

non assistance à personne à danger ….

Si par moment les récits de Foos ne brillent pas par leur intérêt , Guy Talese parviendra avec le recul,

et en piochant dans les centaines de pages écrites par Foos, à nous fournir une lecture sociologique

dont le plus intéressant est de constater l’évolution des mœurs à la période-charnière qu’est le début

des années 70.

« La libération des années 70 est manifeste, aussi bien dans la diversification des pratiques sexuelles

que dans la prise de confiance, timide mais réelle, des couples mixtes ou homosexuels qui s’affichent

avec moins de difficultés. »

Devenu misanthrope avec les années, limitant les rapports humains au stricte minimum, Gerald Foos

restera convaincu du bien fondé de son travail sans jamais s’attarder trop longuement sur le véritable

rôle qu’il aurait pu-du jouer…

Un livre déroutant, rempli d’humour dans les situations les plus grotesques…les plus folles….

C’est une Amérique triste, aigrie, une Amérique des petites gens remplis de préjugés…qui nous est superbement contée…

Le Motel Du Voyeur de Gay Talese