"Celui qui va vers Elle ne revient pas". Tels sont les mots de la Bible envers la femme adultère. Tels sont ceux du talmud envers l’hérétique. "Nous ne les croyons pas. Bien qu’ils semblent se repentir, nous affirmons qu’ils agissent ainsi de manière trompeuse. Nous n’admettons pas le repentir des hérétiques par ce que nous ne les croyons pas".

August 31, 2017

Chers Lecteurs

 

Les vacances terminées, me voici de retour.

 

Cet été, j’ai été particulièrement touchée par cette autobiographie de

 

Shulem Deen, né dans un des milieux juifs ultra orthodoxes  les plus stricts de

 

NY, les Skver. 

 

Vivant dans une micro société, régie par ses propres lois, ses codes du

 

travail, ses valeurs, l’auteur nous décrit , avec une honnêteté 

 

désarmante, sa quête de vérité, son questionnement qui ne cesseront de

 

le poursuivre jusqu’à l’étouffer complètement .

 

Les pensées « perverses » ne corrompent que les esprits dépourvus de

 

sagesse lui répéteront toute sa vie ses professeurs .

 

Il aura beau lutter contre ces pensées, celles-ci ne cesseront de hanter

 

son esprit.

 

Pour comprendre la philosophie du hassidisme , il faut savoir que celle-ci

 

se résume à un univers défini par les valeurs simples de la fidélité

 

culturelle. 

 

Afin d’être épargnés par les calamités , les tentations du monde

 

extérieur, les hassidiques (les membres de la communauté) vivent dans

 

une ghettoïsation volontaire. 

 

Ils se distinguent par la langue et leur tenue ce qui leur permet de

 

réduire au minimum les échanges avec le monde extérieur et 

 

contribue à se les maintenir à l’écart. 

 

En interdisant les médias et les divertissements populaires ils cherchent

 

à se préserver de toute tentation.

 

C’est dans cet environnement culturel que l’auteur grandit.

 

Le livre débute par son bannissement de cette société qui a toujours été,

 

depuis sa naissance, la sienne. 

 

Au fil des pages, celui-ci remonte dans le temps, et nous fait part de ses

 

doutes qui grandissent, de cette soif de savoir, de cette envie de

 

connaître le monde moderne qui l’entoure. 

 

Les questions sont autorisées, mais seulement si elles sont posées

 

d’une certaine manière.

 

Enfant insoumis, Shulem Deen ne deviendra pas hérétique du jour au

 

lendemain.

 

Après un mariage avec une femme qui ne l’attire pas mais qu’il

 

apprendra à aimer, l'auteur va très vite être confronté à une réalité , celle

 

de subvenir aux besoins de sa femme et de leur 5 enfants.

 

En étudiant toute la journée avec ses camarades, qui comme lui peinent

 

à joindre les deux bouts, constamment sur la corde raide, évitant de

 

justesse les coupures d’électricité ou de téléphone…. il se débrouillera

 

tout juste pendant de longues années avec les 

 

bons d’achats d’alimentation, les allocations de logement fournis par la

 

yeshiva (le lieu d’étude où il passe ses journées).

 

Parlant un anglais primaire, les professeurs marquent un dédain certain

 

pour l’anglais , expliquant qu’il s'agit d’une concession accordée à

 

contre-coeur à l’état et au système éducatif américain, Shulem Deen

 

prendra ainsi très vite conscience de son isolement total  pour se

 

retrouver comme « étranger » parmi les siens.

 

Son premier éveil à l’âge adulte et qui en entrainera beaucoup d'autres

 

se fait au travers de la radio.

 

Tel un visiteur d’une autre époque soudain confronté à un monde

 

totalement étranger ,il veut tout écouter, même les points route et 

 

les messages publicitaires.

 

Suivra la médiathèque, qui deviendra son refuge.  L’expérience qui

 

consiste à parcourir une encyclopédie de base est grisante. 

 

Il fera ensuite l’achat d’une télévision, d’une voiture mettant son foyer

 

en danger puisque tout cela n’est pas toléré par sa communauté.

 

Finalement la recherche d’un vrai travail pour subvenir aux besoins de

 

sa famille deviendra une véritable obsession.

 

Après de longues années de souffrance, son costume commencera à

 

craquer de toutes parts.

 

Shulem Deen ne parviendra plus à jouer ce rôle qui l’étouffe tant. Il ira

 

même jusqu’à créer un blog sous une fausse identité pour 

 

échanger avec des gens ayant des expériences différentes des

 

siennes.  

 

Ainsi découvrira-t-il d'autres univers comme l’existence d'orthodoxes

 

parfaitement intégrés dans le monde moderne, intégrés à la 

 

société américaine, mais aussi des laïques redevenant pratiquants, des

 

gens ayant fait des études , vivant dans le monde moderne mais ne

 

croyant pas aveuglément à la religion et se fichant pas mal du

 

mysticisme .

 

Petit à petit il éprouvera le besoin de rencontrer ces gens avec qui il

 

échange.

 

Inévitablement, il en viendra à questionner ses croyances à partir de

 

bases rationnelles.

 

Il mettra de longues années à aborder la question de l’existence de Dieu

 

sous un angle scientifique, voire philosophique et ne parviendra plus

 

à goûter au réconfort irrationnel, mais vital, de la prière .

 

Lorsqu’il fera sa mue en quittant la peau d'un hassidique pour celle d’un

 

non croyant intégré à la société laïque, il réalisera la difficulté de son

 

choix, qui se manifestera jusque dans les moindres petits détails de la

 

vie quotidienne.

 

Shulem Deen vivra dans une solitude quasi absolue

 

frôlant à plusieurs reprises la dépression, et, même le suicide.

 

L’addition sera lourde pour un homme qui a toujours cru dans les

 

traditions, dans la famille puisqu’il perdra femme, enfants et amis.

 

L’auteur touchera le fond, mais ira jusqu’au bout, pour se sentir enfin en

 

accord avec ce à quoi il croit.

 

La liberté a un prix, il en a conscience.

 

Il ne cessera de se battre pour la sienne.

 


 

 

 

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload