"Celui qui va vers Elle ne revient pas".


Chers Lecteurs

Les vacances terminées, me voici de retour.

Cet été, j’ai été particulièrement touchée par cette autobiographie de

Shulem Deen, né dans un des milieux juifs ultra orthodoxes les plus stricts de

NY, les Skver.

Vivant dans une micro société, régie par ses propres lois, ses codes du

travail, ses valeurs, l’auteur nous décrit , avec une honnêteté

désarmante, sa quête de vérité, son questionnement qui ne cesseront de

le poursuivre jusqu’à l’étouffer complètement .

Les pensées « perverses » ne corrompent que les esprits dépourvus de

sagesse lui répéteront toute sa vie ses professeurs .

Il aura beau lutter contre ces pensées, celles-ci ne cesseront de hanter

son esprit.

Pour comprendre la philosophie du hassidisme , il faut savoir que celle-ci

se résume à un univers défini par les valeurs simples de la fidélité

culturelle.

Afin d’être épargnés par les calamités , les tentations du monde

extérieur, les hassidiques (les membres de la communauté) vivent dans

une ghettoïsation volontaire.

Ils se distinguent par la langue et leur tenue ce qui leur permet de

réduire au minimum les échanges avec le monde extérieur et

contribue à se les maintenir à l’écart.

En interdisant les médias et les divertissements populaires ils cherchent

à se préserver de toute tentation.

C’est dans cet environnement culturel que l’auteur grandit.

Le livre débute par son bannissement de cette société qui a toujours été,

depuis sa naissance, la sienne.

Au fil des pages, celui-ci remonte dans le temps, et nous fait part de ses

doutes qui grandissent, de cette soif de savoir, de cette envie de

connaître le monde moderne qui l’entoure.

Les questions sont autorisées, mais seulement si elles sont posées

d’une certaine manière.

Enfant insoumis, Shulem Deen ne deviendra pas hérétique du jour au

lendemain.

Après un mariage avec une femme qui ne l’attire pas mais qu’il

apprendra à aimer, l'auteur va très vite être confronté à une réalité , celle

de subvenir aux besoins de sa femme et de leur 5 enfants.

En étudiant toute la journée avec ses camarades, qui comme lui peinent

à joindre les deux bouts, constamment sur la corde raide, évitant de

justesse les coupures d’électricité ou de téléphone…. il se débrouillera

tout juste pendant de longues années avec les

bons d’achats d’alimentation, les allocations de logement fournis par la

yeshiva (le lieu d’étude où il passe ses journées).

Parlant un anglais primaire, les professeurs marquent un dédain certain

pour l’anglais , expliquant qu’il s'agit d’une concession accordée à

contre-coeur à l’état et au système éducatif américain, Shulem Deen

prendra ainsi très vite conscience de son isolement total pour se

retrouver comme « étranger » parmi les siens.

Son premier éveil à l’âge adulte et qui en entrainera beaucoup d'autres

se fait au travers de la radio.

Tel un visiteur d’une autre époque soudain confronté à un monde

totalement étranger ,il veut tout écouter, même les points route et

les messages publicitaires.

Suivra la médiathèque, qui deviendra son refuge. L’expérience qui

consiste à parcourir une encyclopédie de base est grisante.

Il fera ensuite l’achat d’une télévision, d’une voiture mettant son foyer

en danger puisque tout cela n’est pas toléré par sa communauté.

Finalement la recherche d’un vrai travail pour subvenir aux besoins de

sa famille deviendra une véritable obsession.

Après de longues années de souffrance, son costume commencera à

craquer de toutes parts.

Shulem Deen ne parviendra plus à jouer ce rôle qui l’étouffe tant. Il ira

même jusqu’à créer un blog sous une fausse identité pour

échanger avec des gens ayant des expériences différentes des

siennes.

Ainsi découvrira-t-il d'autres univers comme l’existence d'orthodoxes

parfaitement intégrés dans le monde moderne, intégrés à la

société américaine, mais aussi des laïques redevenant pratiquants, des

gens ayant fait des études , vivant dans le monde moderne mais ne

croyant pas aveuglément à la religion et se fichant pas mal du

mysticisme .

Petit à petit il éprouvera le besoin de rencontrer ces gens avec qui il

échange.

Inévitablement, il en viendra à questionner ses croyances à partir de

bases rationnelles.

Il mettra de longues années à aborder la question de l’existence de Dieu

sous un angle scientifique, voire philosophique et ne parviendra plus

à goûter au réconfort irrationnel, mais vital, de la prière .

Lorsqu’il fera sa mue en quittant la peau d'un hassidique pour celle d’un

non croyant intégré à la société laïque, il réalisera la difficulté de son

choix, qui se manifestera jusque dans les moindres petits détails de la

vie quotidienne.

Shulem Deen vivra dans une solitude quasi absolue

frôlant à plusieurs reprises la dépression, et, même le suicide.

L’addition sera lourde pour un homme qui a toujours cru dans les

traditions, dans la famille puisqu’il perdra femme, enfants et amis.

L’auteur touchera le fond, mais ira jusqu’au bout, pour se sentir enfin en

accord avec ce à quoi il croit.

La liberté a un prix, il en a conscience.

Il ne cessera de se battre pour la sienne.