Prix Renaudot 2017:"Le voilà livré à la malédiction de Cain, le premier meurtrier de l’humanité : errant et fugitif sur la terre , celui qui le rencontrera le tuera"

September 20, 2017

 

S’il y a une chasse à l’homme qui a intéressé le monde de l’après-guerre, c’est bien celle de Josef

 

Mengele, Mengele, l’ange de la mort, dont l’escalade constante dans la cruauté, la monstruosité

 

sadique, la capacité à commettre des atrocités, ne cesserade croître tout au long de sa sinistre

 

carrière.

 

Mengele, l’homme qui a pactisé avec le diable et qui a mis toutes ses forces au service de la

 

pureté de la race et du développement de la force créative du sang aryen.

 

Mengele qui, comme ses comparses criminels, a adhéré à une idéologie le protégeant de la

 

modernité du monde, du moins le croyait-il en l’amenant à commettre les pires crimes contre

 

humanité.

 

Après des années de récits fantaisistes construits autour de sa fuite, le livre d’Olivier Guez, retrace l

 

l’histoire de cette cavale sans fin.  

 

Comme tant d’autres de ses comparses, Mengele profitera du régime péroniste dans l’immédiat

 

après-guerre : le monde se reconstruit et n’a plus le temps, ni l’envie, de penser au passé.

 

La RFA condamne le nazisme mais réintègre ses cadres et ses hommes de mains dans la société,

 

dédommage les juifs mais laisse les assassins vaquer à leurs occupations en Amérique du Sud et au

 

Moyen-Orient.

 

Profitant du temps qu’a mis le monde à se réveiller, et se rendre compte des atrocités commises par

 

les nazis, Mengele aura toujours une longueur d’avance sur ceux qui le traqueront.

 

Pendant 40 ans, on le verra partout mais il s’échappera toujours de justesse.

 

Sa plus grande punition aura été celle d’avoir été traqué comme une bête, l’obligeant à changer

 

constamment de domicile.

 

Vivant d’abord dans l’opulence des grands dignitaires allemands, profitant du régime de Peron avant

 

de terminer dans la misère absolue, dévoué à une famille de Tenardiers modernes.

 

Ce couple, tout en profitant du monde nouveau pour s’enrichir, ne cesse de

 

l'’exploiter financièrement et moralement en l’hébergeant chez lui pendant des années.

 

Toute sa vie, et jusqu’à son dernier souffle, Mengele pleurera un monde perdu, englouti, une

 

Allemagne nazie déchue de ses droits, sans jamais éprouver, ne serait-ce qu’une seule fois, le besoin

 

de se  repentir.

 

C’est cette vie qui nous est contée dans le livre d’Olivier Guez « une vie figée dans un

 

bourdonnement incessant, dans l’alternance des saisons sèches et humides, les ouragans , les

 

chaleurs hermétiques… Une vie à ruminer sur une Allemagne au passé soit disant glorieux

 

et qui n’existe plus ». 

 

Une vie en Argentine d’abord, puis au Paraguay et enfin au Brésil, vaste pays où le métissage des

 

cultures est courant, un métissage qu’il honnit 

 

Ce qui a fait, pour moi, l’intérêt de ce livre, est la façon dont l’écrivain s’approprie les pensées de

 

Mengele.

 

Il n’a cessé de se lamenter sur son sort d’animal traqué, se sentant victime et non pas criminel.

 

Avec le temps, il assistera, impuissant, à la naissance d’un monde nouveau qui finira par le

 

dénoncer en lui retirant sa nationalité,  ses droits, en le poursuivant sans relâche. 

 

Jusqu’à lui retirer, en 1964, ses titres de docteur en médecine et en anthropologie.

 

Il en sera anéanti.

 

Ce livre est très bien écrit. 

 

Après une première partie factuelle, retracée avec une minutie d’entomologiste, dans la seconde, où

 

le documentaire n’a plus sa place, Olivier Guez fait, petit à petit, entrer le lecteur dans la tête d’un

 

homme à l’égo sur dimensionné, totalement mégalomane, et paranoïaque.

 

A lire …..

 

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