"Les parents fragiles ne portent pas à la confidence"

November 6, 2017

 

Emouvant, touchant, le livre d’Etienne Deslaumes: « Violences ayant entraîné la mort sans intention

 

de la donner » est un roman qui nous parle de la vie, de la mort, de l’amitié, avec ses

 

questionnements, ses doutes, ses regrets, ses non-dits.

 

Qu’est ce qui définit ce que nous sommes aujourd’hui ? Sommes-nous conformes à cette image lisse

 

que nous donnons de nous-mêmes parce que tellement concentrés sur notre quotidien?

 

L’histoire est simple :

 

Réunis aux obsèques d’Armande, leur amie de toujours qui vient de se suicider, ses proches,

 

confrontés à sa mort soudaine, vont être amenés à faire le bilan de leur existence, à revenir sur le

 

passé et sur les comportements qu’ils ont eus ou qu’ils auraient dû avoir.

 

« Quand on perd quelqu’un, cette perte sert de catalyseur mais, en réalité, on pleure sur soi ».

 

Tous sont unanimes : Armande, avec ses défauts et ses qualités, «savait mettre de l’hélium dans une

 

journée qui tirait vers le bas ».

 

Malgré leurs défaillances et leurs petits arrangements avec la vie, les personnages, confrontés à eux-

 

mêmes, sont attachants, réalistes et ne manquent ni de cynisme, ni d’autodérision, quand il s’agit de

 

réfléchir à comment ils en sont arrivés là.

 

Si hier tout était encore possible, leur jeunesse primait, aujourd’hui, avec plus de recul, ils sont

 

confrontés à leurs enfants, eux-mêmes en train de devenir parents ; à travers eux se reflète aussi le

 

conflit générationnel.

 

Conscients de leur laisser une société à l’agonie, ils craignent pour leur avenir, même s’ils savent

 

pertinemment que les jeunes bougent aujourd’hui au même rythme que le monde, très vite. En

 

étant plus dans l’instant, ceux-ci profitent davantage de ce qui est là et donnent moins au futur

 

l’opportunité de leur gâcher le présent, pourvu seulement qu’ils restent le personnage principal de

 

leur propre existence, "le metteur en scène" de leur vie. 

 

L’écriture est fine et précise. Les chapitres sont courts et donnent à tour de rôle, la parole à un

 

proche.

 

Même Armande, la suicidée, se livre au lecteur et passe sa vie au peigne fin. Ce qui compte dans l

 

leur discours à tous, ce n’est pas pourquoi et comment on meurt ; mais pourquoi et comment

 

on vit ! 

 

Tous les sujets sont abordés et c’est sans doute cela qui rend le livre si attachant, puisqu’il s’agit de

 

thèmes universels.

 

La Vieillesse : « vieillir c’est transiger. Sans doute que certains ne sont pas prêts à transiger. 

 

Pour bien vieillir, il faut beaucoup réfléchir, pour trouver d’autres trucs, se réinventer, réinventer les

 

relations avec ceux qu’on aime, et d’abord avec sa femme. Sinon, on va dans le mur ». 

 

La Famille : « On voudrait que celle-ci soit un refuge, une zone de liberté et en fait c’est un système

 

plein des non-dits, avec un modus operandi et des contraintes ».

 

Le Couple : « On observe les points faibles au lieu de regarder les qualités de sa deuxième

 

moitié. 

 

Pour construire avec quelqu’un, contrairement à ce que l’on pourrait affirmer trop rapidement, sans

 

doute vaut-il mieux l’imaginer en partie comme celui que l’on voudrait qu’il soit, plutôt que vouloir le

 

disséquer comme un animal de laboratoire.

 

On est attiré par une belle image. On ne l’est pas par des viscères ». 

 

L’auteur excelle dans les phrases réalistes, ne laissant aucune place aux faux-fuyants.

 

Le lecteur se retrouve dans chacun des personnages, se posant tous la même question à travers

 

leurs différents parcours :   Comment s’accorde-t-on avec la vie ?

 

Accrochez-vous !

 

 

 

 

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