Je n’avais jamais connu d’homme aussi constant dans son amour . Il était celui qu’on voulait avoir près de soi dans les tranchées, celui sur qui compter pour s’en sortir au milieu d’une catastrophe.

December 7, 2017

J’ai toujours aimé Joyce Maynard.

 

Je me souviens, il y a quelques années, j’étais tombée par hasard sur son livre autobiographique

 

« Et devant moi le monde ».

 

C’est avec une franchise déroutante qu’elle raconte la relation destructrice qu’elle a entretenue à

 

l’âge de 18 ans avec J. D. Salinger, la précipitant dans l’anorexie et la dépression durant plusieurs

 

années. 

 

J’avais été touchée par sa façon d’écrire sans retenue et par le courage qu’elle avait eu de détruire le

 

mythe Salinger en exposant les conséquences dévastatrices que cette relation avait eu sur sa vie.

 

Depuis lors, j’ai toujours attendu avec impatience la sortie de son prochain livre.  

 

Aujourd’hui, Joyce Maynard a 64 ans.

 

A travers ses écrits, on reconnaît l’élan de positivité ou d’enthousiasme et d’énergie qui se dégagent

 

d’elle.

 

Dans son dernier roman « Un jour, tu raconteras cette histoire » Joyce Mayard nous conte le récit

 

bouleversant de cet amour tardif qu’elle rencontre et qui, à travers la maladie et l’adversité, ne

 

cessera de croître.

 

Féministe convaincue, ayant toujours vécu sa vie comme bon

 

lui semblait, Joyce Maynard s'est consacrée à ses enfants et à l'écriture, enchaînant pendant plus de

 

20 ans des histoires sans lendemain avec des hommes qui ne lui convenaient pas.

 

« Opératrice solo » comme elle se définit elle-même, elle a toujours été à la recherche du grand

 

Amour jusqu’à sa rencontre avec Jim, « Un homme qui dès le premier jour lui a raconté la vérité

 

sur lui-même ». 

 

Le livre se divise en deux parties.

 

Dans la première, le lecteur assiste à la rencontre de deux êtres qui, dès le premier soir, se livrent

 

sur les échecs de leurs vies personnelles avec une honnêteté désarmante et touchante : « notre

 

conversation semblait davantage chercher à révéler les aspects les plus susceptibles de faire

 

fuir l’autre ».  

 

Leur point commun réside dans ce qui les a marqué à jamais : ce sont deux êtres pour qui élever

 

leurs enfants est la plus grande mission.

 

Ils ont tous deux le sentiment d’avoir échoué. Petit à petit, ils s’accepteront avec leurs différences et

 

apprivoiseront leurs défauts.

 

Elle, est tumultueuse, extravertie, très (trop) enjouée ; lui plus lent, fonctionnant dans la retenue.

 

Ils ont une passion commune pour les livres, la musique de leur jeunesse, les voyages, les causes

 

pour lesquelles ils se battent.

 

Avec Jim, elle va enfin pouvoir ralentir le rythme effréné de sa vie. Il est sa force tranquille.

 

Elle va cesser de compartimenter sa vie entre le travail, les loisirs, les enfants.

 

Et enfin lâcher prise.

 

Malheureusement, leur lune de miel tant rêvée sera de courte durée. Ils ne passeront pas trente ans

 

ensemble.

 

Très vite, les médecins lui diagnostiqueront un cancer du pancréas.

 

Dans la deuxième partie du livre qui, selon moi, est la plus intéressante, même si parfois elle traine

 

en longueur, Joyce Maynard décrit la progression du cancer de son mari, ses traitements et la vie à

 

l'hôpital. 

 

C’est dans le récit de leur combat contre cette maladie qu’elle va découvrir, et le lecteur avec elle,

 

l’amour qui les unit et se renforce à chaque page du livre.

 

Alors que dans la première partie on assiste à la rencontre de deux solitudes qui tentent, et

 

réussissent, de s’apprivoiser, dans la deuxième, on assiste, au fil des épreuves, à la construction d’un

 

couple.

 

Leur vie, c’est le cancer.

 

Dans sa quête obsessionnelle pour trouver un remède miracle, elle va livrer une bataille où elle fera

 

preuve d’un courage hors norme.

 

Elle qui, toute sa vie a revendiqué haut et fort son statut de célibataire, va devenir, pour tenter de

 

sauver son mari, aussi « tenace qu’un chien qui gratte un os ». 

 

Grâce à cet optimisme, cet amour fou de la vie qui la caractérise, elle ne cessera de tenter de lui

 

alléger la vie et de le divertir.   

 

Elle qui, tout au long de son existence, , hors d’avec ses enfants, a toujours soigneusment protégé la

 

solitude qui était la sienne et avec laquelle elle vivait plutôt bien, va partager le sort de son mari.

 

A travers son épreuve, Jim en viendra à occuper la première place de son cœur.

 

Son combat sera leur combat malgré les faibles chances de guérison du cancer du pancréas.

 

Chaque mot, chaque nouveau remède, chaque nouvelle opération leur donneront espoir jusqu’au

 

jour où l’épuisement qui est le leur, qui est le sien, et qui se ressent davantage au fil des pages, finira

 

par leur faire accepter l’inacceptable, l’inévitable et définitive séparation.

 

Elle va continuer sa vie sans lui et se résoudre à ce qu’il parte.

 

Tout au long de leur lutte contre la maladie, ils seront devenus un couple.

 

Si elle débute le livre en tant que solitaire, égoïste et égocentrique, elle devient, pour moi, à mesure

 

que l’histoire avance, une personne meilleure qui apprend à mettre égoïsme et égocentrisme de

 

côté pour devenir un soutien à toute épreuve.

 

Je ne dis évidemment pas qu’il fallait qu’elle passe par cette terrifiante épreuve pour apprendre à

 

aimer.

 

Cependant, j’aimerais lui tirer ma révérence pour la force, l’énergie, la volonté folle dont cette femme

 

n’a cessé de témoigner, sans relâche et jusqu’à la fin, à l’homme qu’elle aime.

 

 

 

 

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