«Je n’étais plus l’épouse, je n’étais plus la mère, j’étais ce désir qui vous déchire".

December 28, 2017

Gabriel vient de perdre sa femme, jeanne, des suites d’une longue maladie mentale.

 

Cette perte le rend léger, serein et insouciant. Il va enfin pouvoir penser à lui !

 

Les enfants sont grands et font leur vie loin de leur père, ce qui n’est sans doute pas un hasard.

 

Le voilà enfin libre de toutes contraintes. 

 

Le livre débute avec la voix de Gabriel

 

Celui-ci nous raconte sa rencontre avec Mathilde dont, selon ses termes, il va « tomber 

 

amoureux ». 

 

Mathilde, la cinquantaine, est une femme qui ne se sent jolie que lorsqu’elle est désirée. 

 

Mère d’une ado "Ava son miracle, son étoile",  Mathilde est coincée dans un mariage « pépère » qui

 

ne la satisfait plus depuis longtemps. 

 

A tout de rôle, les personnages racontent l’histoire et la façon dont celle-ci est vécue par eux.

 

Dès le départ, on sent dans l’écriture d’Anne Goscinny qu’elle n’aime pas le personnage de Gabriel. 

 

C’est un homme froid, égoïste, qui n’aime que lui et qui se concentre uniquement sur son bonheur

 

personnel. Un dandy obsédé par son apparence, un narcissique pathétique dans sa peur de

 

vieillir.

 

Ce qui l’intéresse c’est uniquement  le désir qu’il suscite et qu’il confond avec

 

l’amour, volontairement ou non. Car il est tout de même très calculateur. 

 

Mathilde est la proie idéale puisqu'elle a besoin d’être regardée, d’exister à travers le regard d’un

 

homme. 

 

Elle a besoin d’être aimée : « Le ventre de ma mère m’a portée mais je suis née sous les doigts

 

de Gabriel »

 

Malheureusement une fois que Mathilde ne nourrit plus la vacuité de cet homme narcissique et

 

pervers, il passe à  autre chose avec brutalité et une indifférence violente. 

 

Gabriel commence à se lasser d’elle en allant séduire une femme beaucoup plus jeune : Eléonore.

 

Fonctionnant de la même façon que son vieil amant, Eléonore a un avantage sur Gabriel :

 

la jeunesse.

 

Petit à petit Mathilde sombrera dans la dépression, et cherchera à se venger de Gabriel en voulant

 

saccager  la Piëta de Michel-Ange, tout simplement parce que le visage de la Vierge lui rappelle

 

celui d’Eléonore, la nouvelle conquête de  son amant.

 

Tout cela dans le but que l’on parle d’elle puisque Gabriel ne lui parle plus d’elle.

 

 L’histoire serait  bouclée : Gabriel tombera dans le piège d’Eléonore, plus forte que lui,

 

et Mathilde sortira de cette expérience, guérie, au moins en partie,  par l’écriture.

 

On sent le vécu dans le récit d’Anne Goscinny bien que celle-ci s’en défende et déclare d’emblée, à

 

chaque interview, qu’il n’y a rien d’autobiographique. 

 

 Cette histoire est finalement très banale.

 

Tant de livres ont déjà été écrits sur ce sujet mais l’écriture  de "Sous tes baisers » est puissante, à

 

travers le discours intérieur de chacun des personnages et des différents sentiments qui les

 

animent: la tendresse de Gabriel à l’égard de Mathilde qui se transforme au fil des pages en une

 

véritable brutalité nous laissant découvrir  la noirceur profonde et l’abjection du personnage.

 

La  souffrance de Mathilde qui croit aimer réellement nous prend aux tripes et on se demande

 

comment celle-ci va s’en sortir... 

 

Quant à Eléonore plus vicieuse et dangereuse que son vieil amant, son manque de scrupule et son

 

esprit calculateur sont encore plus abjects.

 

Si l’écriture est simple, certaines phrases fonctionnent comme de véritables coups de poing: 

 

Gabriel:« Quand elle rentre chez elle, je sais que je ne la perds pas. Elle est à moi, et loin de moi, elle

 

m’appartient encore. La laisse est longue »

 

Mathilde: «J’étais le cocker dont on a déménagé le panier à la cave car il n’amuse plus les enfants, qu’il

 

vieillit, que son poil est moins brillant qu’il a pu l’être. Allez! Ouste!

 

Eléonore : « je suis le miroir de ce Narcisse. Il a besoin de moi et je découvre que j’ai besoin de lui. »

 

«Sous tes baisers "est un petit livre qui se lit rapidement et dont j’ai apprécié l’aisance avec

 

laquelle Anne Goscinny nous fait voyager dans la vie intérieure de ce triangle amoureux dont

 

chaque caractère suscite en nous, de chapitre en chapitre, des sentiments qui vont de la tendresse à

 

la pitié, du dégoût, à la colère.  

 

 

 

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