Elle envisage la vie comme "une course de haies qui se succèdent : il faut avancer, courir, franchir; on a jamais terminé pour avancer. Il y a toujours des nouvelles haies."

January 8, 2018

Chers Lecteurs

 

Pour 2018,  j’aimerai rendre hommage à une grande dame qui me touche tout particulièrement  par

 

la force et l’énergie qu’elle n’a cessé de dégager tout au long de sa vie : Francoise Héritier.

 

Elle est morte le jour de ses 84 ans, juste après ce beau passage télévisé que lui a consacré François

 

Busnel dans La Grande Librairie où elle était venue présenter son dernier livre : Au gré des jours ».

 

J’étais restée collée à mon téléviseur en écoutant cette femme, au caractère bien trempé, présenter

 

son livre, ce testament intellectuel et sensible, qui raconte sa vie .

 

Françoise Héritier fait partie de ces gens au destin exceptionnel, qui toute leur vie n’ont

 

cessé de chercher à apprendre, à connaître et partager leur savoir.

 

Ce qui m’a d’emblée frappé chez elle c’est la force qu’elle dégage, et la curiosité insatiable

 

qui n’a cessé d’être le moteur de sa vie personnelle et professionnelle. 

 

Une curiosité liée également à la langue française qu’elle cherche à tout  prix à utiliser avec

 

justesse pour décrire exactement les choses, pour trouver  le bon mot qui exprime ce qu’on veut

 

dire. 

 

Féministe jusqu’au bout des ongles, mais sans le revendiquer agressivement, elle est pour moi

 

avant-gardiste par les idées qu’elle défend, par son éternelle lutte contre le sexisme typique de son

 

époque, qui malheureusement reste toujours d’actualité, faisant des femmes des sous-produits à

 

côté des hommes . 

 

« Au gré des jours » fait suite au petit livre passionnant qu’elle a publié en 2012, « Le sel de la

 

vie" qui raconte les petits plaisirs et bonheurs du quotidien. 

 

Car, même si son extrême rigueur et sa grande discipline n’ont cessé de définir sa vie, Françoise

 

Héritier est avant tout une grande jouisseuse de la vie.

 

Le livre est divisé en deux parties : dans la première partie, les choses extraordinaires et ordinaires

 

de la vie nous sont racontées avec un bonheur surprenant; ces petites choses qui font toute la

 

différence, qui font qu’on s’en souvient toujours, ces choses qui font « le sel de la vie ».

 

La deuxième partie est plus biographique et nous fait entrer dans l’intimité de la pensée de l’auteur.

 

Elle partage avec le lecteur les moments fabuleux qui ont marqué sa vie à jamais.

 

Car rien ne la prédestinait à un tel destin. 

 

Issue de la moyenne bourgeoisie, Françoise Héritier a mené sa vie selon sa volonté, c’est à dire

 

librement, échappant très vite à l’éducation ordonnée des jeunes filles.  

 

Elle fera des études qui la conduiront à suivre Claude Lévy-Strauss à l’Ecole pratique des hautes

 

études en sciences sociales (EHESS) dont elle deviendra, par la suite, "la directrice".

 

Levy-Strauss aura une influence considérable sur sa vie puisque c’est à son contact qu’elle

 

fera des choix qu’elle n’aurait jamais pensé faire, comme, par exemple, abandonner les études

 

d’histoire pour se consacrer à l’ethnologie et l’anthropologie sociale qui la feront vivre plusieurs

 

années en Afrique. 

 

Désignée par Levy-Strauss au Collège de France pour le succéder, elle et en prendra la

 

direction,  ce qui n'est pas sans importance , surtout dans le contexte de l’époque, essentiellement

 

masculin.

 

Jusqu’au bout, même si elle s’en défendra, envers et contre tout, elle ne cessera de douter d’elle

 

même, se sentant usurpatrice dans un monde faisant peu de place aux femmes.

 

J’ai beaucoup aimé le chapitre du livre dans lequel elle nous raconte, avec cette passion et cette

 

gaieté contagieuse, qui la caractérisent,  son contact avec la terre africaine. 

 

Cette terre avec « son odeur poivrée, chaude, enivrante d’humus, qui est aussi de poussière, une

 

odeur également invasive, troublante mais qui lui fut directement familière »  

 

Comme ce peuple noir qui l’entoure et  avec lequel elle passera plusieurs années de sa vie, avec sa

 

fille qui grandira parmi les tribus, Francoise Héritier porte en elle cette chaleur, cette douceur qui la

 

distinguent sans doute de tant d’autres ethnologues, tout simplement parce qu’elle restera toujours 

 

elle-même, accessible et curieuse de ce qui l’entoure.

 

Chère Françoise, bon voyage dans les étoiles.

 

Merci de nous avoir tant appris; reposez-vous bien là où vous êtes et continuez de rêver.

 

 

 

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload