Les Loyautés " Ce sont des promesses que nous avons murmurées ou dont nous ignorons l'écho, des fidélités silencieuses, ce sont des contrats passés le plus souvent avec nous-mêmes, des mots d'ordre admis sans les avoir entendus, des dettes que nous abritons dans les replis de nos mémoires. »

January 30, 2018

 

 

 

 

Les Loyautés n’est certes pas le meilleur livre de Delphine de Vigan, mais il fait réfléchir, tant il

 

confronte les lecteurs que nous sommes à certaines réalités.

 

Dès les premières pages le ton est donné puisqu’il s’agit de loyautés auxquelles, nous sommes

 

tous confrontés un jour où l'autre.

 

Il est manifeste que le sujet tient beaucoup à cœur à l’écrivain.

 

Car qui connaît l’écriture de Delphine de Vigan, perçoit très rapidement la sensibilité que dégage

 

cette femme si humaine, si empathique ayant tant vécu.

 

Au travers de ses livres Delphine de Vigan donne le sentiment qu’elle est la fille d’à côté, celle qu’on

 

a envie de connaître, à qui on a envie de se confier.

 

Les Loyautés est un petit livre concis, brutal et angoissant dans lequel on sent très rapidement que

 

les choses vont mal tourner. 

 

L’écriture est simple

 

Quatre personnages, deux pré-ados, Theo et Mathis, qui se cachent, au collège,  sous l'escalier de la

 

cantine, pour boire une variété assez impressionnante d'alcools forts. 

 

Pour Mathis il s’agit avant tout de s’amuser « pour faire partie de la bande ».

 

Très vite celui-ci va se trouver dépassé par cette « activité » à laquelle il s’adonne avec son

 

copain Theo qui, lui, ne semble avoir aucune limite et cherche uniquement à atteindre le coma

 

éthylique.

 

Car si Theo n’exprime rien et semble se prêter à toutes les activités scolaires, sans trop d’entrain afin

 

de ne pas attirer l’attention sur lui, son cas est beaucoup plus dramatique.

 

Le malaise est intense, l'isolement de Theo nous étrangle davantage à chaque page.

 

Theo partage ses semaines entre des parents divorcés.

 

La mère n’a jamais digéré la séparation, au point de ne toujours pas savoir vivre avec l’échec de son

 

mariage, ce qui la conduit à condamner le père de Theo jusqu’à vouloir le rendre inexistant aux yeux

 

de son enfant ».

 

Quant au père, à la suite de la perte de son travail, il a sombré dans une grave dépression qui le

 

cloue au lit depuis des années. 

 

Conséquence de la dose de médicaments qu’il ingurgite quotidiennement, il est totalement

 

apathique et se laisse mourir à petit feu. 

 

Il vit dans un état de délabrement absolu.

 

Theo ne veut surtout pas blesser les êtres qu’il aime le plus au monde et qui ne remplissent pas leur

 

rôle de parents.

 

D’une loyauté absolue, il est l’otage d’un conflit qui le réduit au silence. 

 

La loyauté, Mathis aussi y est confronté, lorsque voyant bien que, à partir d’un certain moment, la

 

situation devient grave, il se demande s’il doit « trahir » son copain en le dénonçant.

 

Et puis, il y a Hélène, l’institutrice, magnifique personnage, et Cécile, la mère de Mathis.

 

Hélène, plus loyale qu’il est possible de l’être, a été une enfant battue et ressent la douleur

 

de Théo sans parvenir à déceler son mal être.

 

Elle pense qu’il est un enfant battu mais se trompe.

 

Elle va tout risquer pour cet enfant, et se battre corps et âme pour le sauver.

 

D’emblée le personnage nous touche par sa compassion.

 

Comme Delphine de ViganHélène a vécu des drames intimes, traumatisants (lire "Rien ne

 

s’oppose à la Nuit ») qui décrit la relation perverse entre l’auteur et sa mère abusive! 

 

L’écrivain et son personnage  se confondent par leur sensibilité à fleur de peau, par leur empathie

 

face à la souffrance de l’autre. 

 

La mère de Mathis, Cécile, nous est beaucoup moins sympathique. 

 

On sent que l’auteur ne l’aime pas même si elle la plaint.

 

Cécile ne semble pas vraiment comprendre le mal de vivre de son fils tant elle est préoccupée par

 

son problème personnel. 

 

Si sa souffrance est réelle face à l’homme avec lequel elle vit et qui s’avère un véritable monstre, elle

 

m’apparaît trop centrée sur sa propre douleur, sur cette soi-disant "loyauté ou plutôt  « lâcheté » vis-

 

à-vis de cet homme qu’elle a un jour aimé.

 

Selon moi, Il y a différentes formes de loyautés, certaines plus sincères, ce qui nous distingue, sans

 

aucun doute, les uns et des autres.

 

C’est un livre grave qui traite de différents sujets tels que l’alcoolisme des jeunes, le maintien des

 

apparences alors que tout s’effrite, l’isolement et la solitude que chacun éprouve face à un

 

problème…

 

Ce livre est bouleversant de vérité.

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