"La Vieillesse était l'âge du grand nettoyage, l'âge auquel on avait pour désir d'arracher à l'oubli la beauté qu'on ne voyait jamais mieux que lorsqu'on en avait fini avec le désir sexuel et l'ambition sociale".

February 21, 2018

J’ai été touchée par le dernier livre de Catherine Cusset « Vie de David Hockney ». 

 

Le livre n’est pas un témoignage mais un roman né de recherches basées sur les articles qui ont été

 

écrits, sur ses mots, et ses œuvres qui le définissent.

 

Catherine Cusset plonge avec délice dans la vie et dans les pensées de David Hockney

 

L’écrivain livre son ressenti à travers une forme « d’hommage » dédié à ce grand Monsieur.

 

Bien que n’étant pas une admiratrice forcenée du travail d’Hockney,

 

j’ai cependant pris un réel plaisir à découvrir l’artiste et l’homme qui se cachent derrière l’œuvre.

Hockney c’est avant-tout un style très personnel, froid, distant, mais reconnaissable entre tous. 

 

C'est surtout le côté plat des peintures, l’inertie des personnages, les décors sans profondeur et une

 

impression d'absence de sentiments, qui me posent problème dans le travail de l’artiste. 

 

Pourtant ses peintures parlent, témoignent de ce qu’est la vie de Hockney: un milieu huppé qu’il n’a

 

cessé de fréquenter tout au long de sa vie, le monde gay qu’il connaît depuis son plus jeune âge, la

 

nature qu’il ne cesse de contempler dans ses moindres détails. 

 

Son œuvre est très personnel.

On peut aimer, on peut ne pas aimer, mais il reste un artiste majeur, occupant une place importante

 

dans l’art de son temps. Même si son énorme production est souvent inégale. 

La vie de Hockney est une vie passionnante faite de merveilleuses rencontres dans une époque

 

riche et foisonnante d’énergies créatrices.

 

Toute sa vie a été guidée par le désir, l’envie d’apprendre et de connaitre. 

J’ai beaucoup aimé la description positive que l’écrivain donne de cet homme au caractère bien

 

trempé, passionné, depuis son plus jeune âge, par la peinture.

Même si l’argent manquait, parfois cruellement, il a eu une enfance heureuse et stable, remplie

 

d’amour.

 

II fut dès le départ encouragé par ses proches qui n’ont cessé de croire en lui et l’ont accepté tel qu’il

 

est.

 

Devenu adulte, il a toujours su vers où aller, sans, pour autant cesser de toujours se remettre en

 

question. 

Très rapidement il connaîtra le succès et assumera son homosexualité  dans un milieu étriqué et

 

encore très fermé.
 

Au moment de son éclosion, la peinture est dominée par le courant de l’expressionnisme abstrait de

 

Pollock, Hartung et consort.

 

Il s’opposera aux courants de l’époque pour trouver sa propre manière, ce qui l’amènera à accepter

 

son statut « d’anti moderne », tout en ne cessant de chercher sa place dans l’histoire de l’Art et de

 

témoigner de cette soif de liberté qui le caractérise tant.

La nature a une influence considérable sur son travail, les couleurs des paysages, les changements

 

de saisons de son Angleterre natale. 

 

Il cherchera à se fondre en elle pour mieux la saisir et être avalé par les paysages.

A Los Angeles, il découvrira la liberté. Hockney aimera cette ville pour "sa chaleur méditerranéenne

 

et son énergie américaine »,  ses énormes espaces, le bleu de l’océan, et cette lumière si particulière

 

et si douce.

Comme pour les paysages qu’il ne cessera de contempler et de peindre, il passera beaucoup de

 

temps à décrypter les corps virils de ses jeunes amants (qui souvent le quitteront)  pour faire leurs

 

portraits les plus minutieux.


Son cœur ne cessera d’osciller entre le Yorkshire (la maison de Bridlington) et Los Angeles (son

 

petit refuge à Montcalme Avenue). 

Même si sa vie n’est pas facile,



son cercle intime sera décimé par le sida, les maladies et les tragédies,

 

il restera toujours l’enfant qu’il a été, enthousiaste, rempli de curiosité, et d'une énergie folle lui

 

permettant de franchir les drames qui jalonnent son existence.

Sa vie, c’est sa peinture, ses amis, sa cellule familiale, ses maisons, son îlot de liberté, son refuge. 

Souvent marqué par la solitude, c’est une forme « d’acceptation" qu’on sent chez Hockney:

 

spectateur  de sa propre vie face aux tragédies et à la perte de ses proches,

 

il accepte, l’âge venant, le prix à payer pour mener une vie hors norme. 

L’écriture de Catherine Cusset est élégante, agréable, et nous fait voyager dans l’espace intime d’un

 

grand maître.

 

Bonne lecture.

 

 

 

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