"J'aurais bientôt l'âge de mon père, je le regarde avec amour et tendresse, nous sommes presque égaux aujourd'hui. Je pourrais lui dire, Je t'aime et je ne suis pas toujours d'accord avec toi. D'une certaine manière, je suis plus libre qu'il ne l'était".

May 1, 2018

 

"Les guerres de mon père", de Colombe Schneck, sorti il y a quelques mois en librairie, est un livre

 

qui me touche par la force et l’optimisme que dégage le personnage central, Gilbert Schneck.

 

L’attirance immédiate pour la photo de couverture a dicté l’achat de ce livre. 

 

Que dégageait cette photo en noir et blanc sur laquelle on voit Colombe, triomphante, tout

 

juste deux ans, trônant sur les épaules de ce père protecteur, rieur, heureux d’être avec sa

 

princesse? 

 

Ce livre est une ode d’amour à ce père qu’elle a tant aimé, idéalisé, parti beaucoup trop tôt, emporté

 

par la maladie.

 

L’histoire de Gilbert Schneck, est celle des juifs d’Europe de l’Est, avec ses persécutions, ses

 

pogroms, ses rafles, ses exterminations de masse. 

 

Elle est aussi celle des Juifs de France et des conduites trop souvent lâches, ou trop rarement

 

glorieuses ou simplement dignes de ses citoyens.

 

Gilbert s’est toujours tu sur son histoire personnelle et n’a cessé de préserver ses enfants de ce

 

qui lui a tant manqué, l’amour paternel, la stabilité familiale.

 

Ayant été caché lors de la seconde guerre mondiale en Dordogne avec sa famille, il a été confronté

 

dès son plus jeune à la honte imposée par le bourreau d’être juif aux humiliations et aux bassesses

 

de l’être humain.

 

L’histoire de Gilbert Schneck est une histoire que l’on tait, non pour oublier mais pour essayer de

 

mieux avancer dans la vie.

 

Chez les Schneck, comme dans beaucoup de familles juives on ne parle pas des sommets de

 

l’abjection et de l’ignominie, de la monstruosité dont elles ont été victimes.

 

A travers, le regard de Colombe, qui grandit et qui finit par comprendre beaucoup de choses tues,

 

c’est l’image d’un homme solaire, doté d’un véritable appétit de vivre et d’une énergie débordante qui

 

se dresse. 

 

Un appétit de vivre que sous-tend et qui masque très probablement, un désespoir fondamental.

 

L’écrivain décrit alors cet homme, son père, dont la devise a toujours été « créer vous de beaux

 

souvenirs, car ce qui est bon et beau ne peut durer ».

 

Véritable jouisseur de la vie, Gilbert avait un don particulier de rendre belle la vie de ceux qui

 

l’entouraient.

 

Ce sont justement « ces choses qui fâchent » ces drames et ces douleurs qu’on tait tant sur lesquels

 

l’écrivain va enquêter.

 

Il y a dans ce livre deux femmes qui écrivent: 

 

La journaliste qui mène l’enquête, qui consulte les archives de Vichy, celle qui se penche sur les

 

tortures qui ont été menées lors de la guerre d’Algérie par l’armée française et dont Gilbert a été

 

témoin, aux premières loges, lorsque, en tant que médecin, il dut soigner des hommes ignoblement

 

torturés, puisqu’ils étaient obligés de comparaître indemnes devant les tribunaux français et taire

 

leur calvaire.  

 

Et puis il y a la fille,  celle qui brosse le portrait plus intime de ce père qui n’a cessé de mener,dans le

 

silence, toutes ses guerres sans jamais parler de ses blessures.

 

Cet homme qui a voué sa vie à ses enfants mais qui s’est toujours dispersé en amour et n’a jamais

 

vraiment su aimer une femme.

 

Même si la nostalgie du père idéalisé qu’elle confronte petit à petit à un père réel se ressent à chaque

 

page, Colombe, aujourd’hui adulte, a besoin de rompre avec cet homme qui l’a tant aimée pour

 

enfin exister. 

 

En affrontant « ces choses qui fâchent », elle peut enfin se construire et embrasser son héritage.

 

On sent le courage, la détermination, le temps qui lui a fallu pour démêler le vrai du faux, pour, sans

 

doute, enfin, faire son deuil.

 

J’ai aimé la franchise de son écriture, la curiosité qui ne lui fait jamais défaut même quand la

 

vérité fait parfois très mal. 

 

 

 

 

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