« Il aurait fallu exercer une surveillance constante, pour sauver en lui cette part aimable et aimante, cette petite part miraculeuse. Il aurait fallu ne pas avoir de vie… »

May 15, 2018

 

 

 

 

Une famille de Pascale Kramer est un livre qui ne se lit pas d’une traite.

 

Je parle pour moi, bien entendu.

 

La lecture m’a été douloureuse tant j’ai ressenti à chaque page la tristesse et le poids que porte cette

 

famille.

 

Ce livre est l’histoire de gens usés par le drame.

 

Dès le début, on sent qu’inévitablement tout basculera dans l'irrémédiable , et en ce sens ce livre est

 

le récit d’une véritable tragédie.

 

Romain, garçon, à la peau diaphane, au regard fuyant que Danielle a eu très jeune d’un pharmacien,

 

qui en raison de son état dépressif, n’est jamais parvenu à assumer son rôle de père.

 

Très vite, elle rencontre Olivier, un homme stable avec lequel elle fera trois autres enfants et qui se

 

sentira suffisamment armé pour soutenir, Romain, cet enfant torturé et les anxiétés 

 

de sa femme générées par son fils aîné.

 

 Les années passent, la tribu grandit, tant bien que mal autour de Romain, qui demande si peu mais

 

prend tellement de place. 

 

Le livre est composée de cinq parties. 

 

Tour à tour chaque membre de la famille prend la parole et raconte ce que ce frère aîné à engendré

 

dans leur existence.

 

Ce qui m’a profondément touché dans ce livre, c’est la volonté de pallier la complaisance de leur

 

frère, de leur enfant, face à l’alcoolisme.

 

Et leur vaine tentative de lutter à sa place.

 

Tous se veulent être l’ange gardien de cet homme, qui, abruti par l'alcool, les blesse jusqu’à créer des

 

tensions entre-eux.  

 

Qui sera celui qui parviendra encore à le sauver?

 

Car Romain ne demande rien, il fait juste subir à ses proches, ses irresponsabilités, son incapacité à

 

prendre sa vie en main.

 

Il leur fait vivre quasi quotidiennement sa déchéance physique et morale dont son alcoolisme est

 

responsable.

 

Entre les frères et sœurs, tant de désaccords sur la façon dont chacun le pardonne.  `

 

Ce qui est acceptable pour l’un ne l’est pas forcément pour l’autre.

 

Au fil des années, les caractères se forgent, les rancunes se figent entre les membres de la famille.

 

Il y a pourtant tant d’amour et de bienveillance à l’égard de Romain bien qu'il leur pourrisse la vie.

 

Où se situent les limites de la tolérance, c’est sans doute la question que pose, très subtilement, ce

 

livre  à travers le monologue de chacun des personnages. 

 

Tous portent en eux cette culpabilité de ne pouvoir sauver l’être qu’ils aiment tant et qui ne cherche

 

qu’à se détruire. 

 

Les enfants qui se sentent coupables de ne pouvoir consoler leur mère, endossent le rôle

 

d’adultes responsables dès leur plus jeune âge, et ne parviennent pas à devenir une 

 

consolation pour elle.

 

Olivier s’en veut de ne pas avoir tenu la promesse de soutenir sa femme, de réparer les fêlures

 

de Romain.

 

Et puis Danielle qui ne cesse de ressasser son passé, son histoire brève avec cet homme dépressif

 

qui lui a fait cet enfant.

 

Peut-être n’aurait-il jamais du naitre ?

 

Doit-on se sentir coupable de ne pouvoir aide, et à plus forte raison ceux que nous aimons, quand la

 

vie devient trop pénible? 

 

Quand elle est un fardeau quotidien pour celui qui subit?  

 

Quand surtout, il n’y a plus rien à faire?

 

C’est cette lutte quotidienne, sans espoir et vouée à l’échec qui m’a tant émue.

 

L’auteur est parvenu à me faire ressentir ce désespoir et cette lassitude face à un combat que l’on

 

sait perdu d’avance.

 

 

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