"Quand le monstre hurle à l'intérieur, je m'entaille le biceps avec une lame de rasoir. Le lendemain je vais mieux."

June 28, 2018

 

 

 

 

 

 

Tant bien que mal est un petit livre qui m’a touchée par la dureté des propos de l’écrivain, qui

 

raconte son histoire si tristement banale et à la fois tellement unique.

 

A  7 ans, Arnaud Dudek croise la mauvaise personne au mauvais moment. 

 

En trente minutes, sa vie bascule. 

 

L’enfant ne dira rien de ce qu’il lui est arrivé et va vivre « tant bien que mal », puis devenir adulte . 

 

Sans rentrer dans les détails, Arnaud Dudek nous raconte en quelques phrases le viol dont il a été

 

victime et la façon dont sa vie s’est déroulée ensuite. 

 

N’ayant jamais parlé à qui que ce soit de ce drame, par peur de décevoir, de subir la honte, le regard

 

des autres, l’écrivain affiche une solitude qui saute aux yeux du lecteur à chaque page.

 

Arnaud poursuit sa vie, ses études de lettres, « tant bien que mal » et, malgré « ses obsessions, ses

 

terreurs nocturnes, son inaptitude chronique à la décision », il se bat avec les moyens qu’il s’est

 

donnés, envers et contre tout pour réussir.

 

Lors des dernières pages de son récit, il  nous livre cette envie qui lui est venue soudainement de

 

raconter son histoire.

 

Pas de véritable préparation à l’écriture, juste l’envie de cracher enfin le morceau qui est resté

 

pendant des années en lui.

 

Le livre nous conte deux périodes de la vie de l’écrivain : 

 

La première est celle où, enfant, il continue de vivre comme si de rien n’était : il tente de se

 

reconstruire, rencontre des amis pour la vie, croise des femmes avec qui il a des aventures et à qui il

 

n’avouera jamais son secret, jusqu’à ce qu’il perde l’amour de sa vie et comprenne enfin la nécessité

 

qu’il a de parler pour sa propre survie et pour retrouver cette femme qu’il aime tant. 

 

La solitude de son drame l’isole des autres, mais cet isolement est aussi un choix qu’il fait

 

consciemment, n’étant pas capable d’en parler à qui que ce soit.

 

La deuxième période à nous être contée est celle de l’homme de 30 ans,  dont le

 

regard croise celui du violeur, qui ne semble même pas le reconnaître et à qui il envoie des lettres

 

anonymes pour le confronter à ses actes.

 

Là encore, le lecteur ressent  l’isolement d’Arnaud dans le déni de sa souffrance qu’il ne peut même

 

pas exprimer face à son bourreau.

 

En devenant écrivain pour enfant, il parvient a ressusciter une partie de cette enfance enfouie en lui.

 

En écrivant, dit-il, il n’a aucun message à délivrer, juste le besoin d’écrire, de raconter des histoires à

 

l’enfant qu’il a un jour été et qui est mort à l’âge de ses 7 ans. 

 

Pas de pathos dans ce livre, pas de condescendance, chaque mot sonne juste, les phrases sont

 

ciselées. 

 

La résilience de l’écrivain est d’autant plus impressionnante par la façon dont il l’a menée dans le

 

silence, dans l’humilité, dans la discrétion . 

 

Le livre est écrit de la même façon, le style austère ne laissant pas de place aux grands

 

émotions, malgré l’horreur qui nous est contée.

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