"Un soir, dans le café du village, tu as dit devant tout le monde que tu aurais préféré avoir un autre fils que moi. Pendant plusieurs semaines, j’ai eu envie de mourir."

July 3, 2018

 

 

 

Il a seulement 25 ans, a déjà écrit deux livres autobiographiques poignants : "En finir avec Eddy 

 

Bellegueule et Histoire de la Violence."

 

Dans ses livres, Edouard Louis se livre sans détour sur le milieu dont il est originaire. 

 

Un environnement ouvrier assez précaire, illettré, qui vote Front national, le seul parti qui semble se

 

préoccuper de ces "laissés-pour-compte", et dans lequel l’auteur vit mal sa différence, celle d'être

 

homosexuel. 

 

Avec ce troisième livre, d’à peine 100 pages, Edouard Louis nous livre une histoire brève et

 

cinglante.

 

 "Qui a tué mon père » est avant tout une lettre d’amour à un père détruit physiquement et

 

mentalement par la vie.

 

À travers ses souvenirs d’enfance, Edouard Louis raconte le mal de vivre d’un homme, son père. 

 

Qui est cet être qui se cache derrière une image de dur, qui ne s’autorise pas à pleurer, un homme

 

battu dans son enfance, qui a été privé de la vie dont il rêvait et qui a travaillé toute sa vie dans la

 

même usine pour terminer comme balayeur de rue ?

 

Pas d’études, pas d’argent, pas de voyages, pas de rêves… que des négations pour exprimer sa vie.

 

Un homme qui par sa condition sociale fait partie des oubliés de la société. 

 

À travers le portrait intime que dresse l’écrivain de son géniteur, Edouard Louis raconte

 

l’épuisement de ce père aujourd’hui malade ayant souffert de toutes les réformes, des discours des

 

gouvernements successifs de la France qui ont détruit la classe populaire. 

 

L'auteur défend ce père qui fait partie de ceux à qui on ne donne jamais le droit de parole et qui

 

dans la précarité souffrent d’être laissés pour compte. 

 

À travers la politique française qui l'a détruit, c’est aussi un portrait intime que l’écrivain nous livre de

 

son géniteur. 

 

Pas de règlements de comptes, plutôt une question honnête, celle de savoir si sa différence, son

 

homosexualité n’a pas également contribué à le tuer.

 

Si dans ses deux premiers livres la colère est omniprésente, l’écrivain semble plus apaisé

 

aujourd’hui.

 

Il tente de comprendre cet homme qu’il connaît finalement très peu. 

 

Après s’être enfui du domicile familial et avoir coupé les ponts avec son père, il cesse enfin de le

 

rejeter et tente plutôt de comprendre ce qu’il est devenu et comment il en est arrivé là. 

 

Le regard du fils sur ce père qui a raté sa vie est moins sévère. 

 

En ayant aujourd’hui réussi, il se place automatiquement dans le camp de ceux qui ont droit à la

 

parole. 

 

En ce sens, il se fait le chantre de cet homme, ce géniteur, qui ne l’a pas épargné, mais qui

 

aujourd’hui accepte enfin sa différence.

 

«Tu as changé ces dernières années. Tu es devenu quelqu’un d’autre. Nous nous sommes parlé

 

longtemps, nous nous sommes expliqué… Je t’ai écouté ».

 

Toute sa vie, Edouard Louis a cherché la reconnaissance, l’acceptation de ce qu’il est. 

 

Les mots du fils ont sans doute aidé le père à se repenser. 

 

 

 

 

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