"Un besoin d’air qui la libère et lui fait découvrir le goût de l’interdit."

September 19, 2018

 

C’est un livre qui nous parle de la solitude d’une femme, une  mère célibataire,

 

prisonnière dans de sa position.

 

Seule 24h sur 24 avec son petit garçon qui communique à peine, le temps paraît souvent long, les

 

heures interminables.

 

Le père est absent, il ne remplit pas son rôle et c’est elle qui doit tout assumer.

 

Les journées sont longues et se ressemblent, il faut  ramener de l’argent pour vivre tout en conciliant

 

son rôle de mère.

 

Qui parmi nous, les femmes, n’a pas ressenti cette solitude si bien définie et décrite dans le livre ?

 

Graphiste freelance, elle a suivi son homme à Lyon où elle est sans famille, sans amis, sans attache. 

 

Elle n’a pas de vie de femme et n’existe qu’en tant que mère.

 

Le seul moment où elle peut travailler c’est lors des siestes ou la nuit quand le petit dort. 

 

Petit à petit l’épuisement s’installe, la dépression guette, même si elle n’en parle jamais.

 

 N’étant pas salariée elle n’a pas de place en crèche et à chaque page on la sent basculer davantage.

 

Afin de retrouver une impression de vie, elle s’autorise des libertés qui ont le gout de l’interdit.

 

Ses "petites" fugues deviennent des fugues de plus en plus grandes. 

 

D’abord, elle fait le tour du pâté des de maisons, puis les fugues deviennent plus audacieuses, et elle

 

s’éloigne davantage. 

 

Dans ces courts instants, je sens qu'elle revit et se laisse aller à regarder la vie défiler devant ses

 

yeux, cette vie dont elle n’est plus maître et qui lui est devenue parfaitement étrangère.

 

Ce qui m’a particulièrement touchée dans le livre, et c’est certainement quelque chose auquel à

 

quoi on ne pense jamais, tant la société condamne ces pratiques, c’est ce passage au cours

 

duquel elle se retrouve sur des forums de discussions entre femmes et explique son problème. 

 

L’auteur donne une voix à ses femmes isolées qui n’ont pas le moyen de  revendiquer leur

 

problème et où, souvent, elles sont très sévèrement jugées..même y compris par les autres femmes

 

qui vivent la même chose.

 

"Ces enfants nous les avons voulu, alors à nous de les assumer, coute que coute."

 

Comme le titre du livre l’indique, « Tenir jusqu’à l’aube », fait référence au conte d’Alfonse Daudet,

 

qui, à travers la chèvre de Monsieur Seguin, parlait des femmes cherchant à s’émanciper de leur

 

vie. 

 

Ce conte fait justement allusion aux femmes qui cherchent à tout prix à exister, à s'émanciper et

 

dont l'envie de fuir ne cesse de grandir.

 

Si la tournure que prend le conte se termine tragiquement, l’histoire ici flirte avec la folie

 

désemparée d’une femme seule à qui on peut tout reprocher mais qui, heureusement, se termine

 

moins tragiquement .

 

Le roman de Carole Fives est féministe et dresse le portrait collectif des femmes d’aujourd’hui, celles

 

à qui on ne pardonne pas ces écarts.

 

Des femmes dont la raison de leur mal être est souvent ignorée tant elle est contraire au devoir de

 

mère qui est de protéger avant tout son enfant. 

 

A méditer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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