"Si je n'avais pas été persuadé que nous avions atteint le point où il nous fallait continuer notre quête séparément, que l'indépendance qu'elle avait acquise en tant que femme et poète lui permettait de vaincre ses démons sans mon aide, je ne serais jamais parti"

January 15, 2019

Ton histoire, mon histoire est un livre puissant par la tragédie qu’il 

 

décrit, la relation tumultueuse et impossible entre deux grands poètes du 

 

 siècle dernier Sylvia Platt et Ted Hughes.

 

Cette histoire qui m’a profondément bouleversée, est l’histoire de la 

 

souffrance d’un homme face à la femme qu’il aime et qu’il est 

 

incapable de rendre heureuse tant elle est perdue dans ses tourments.

 

Pendant des années, Ted Hugues, poète de génie est devenu le bouc 

 

émissaire de leur histoire amoureuse qui s’est malheureusement 

 

terminée par le suicide de sa compagne, Sylvia

 

Ted, qui jusqu’à la fin de sa vie, s’est toujours muré dans le silence, 

 

a supporté tous les mensonges qui ont circulé sur lui, toutes les histoires 

 

qui ont été écrites sur l’amour qu’il portait à sa femme.  

 

La rumeur l’a rendu coupable de son suicide.

 

Pendant 35 ans, il s’est tu et s‘est résigné à observer avec répugnance 

 

comment leur vie, a été engloutie sous des torrents boueux de récits 

 

apocryphes, de ragots, d’affabulations, de mythes de gens avides de 

 

sensations fortes, souvent pour calmer et remplir leur propre vide 

 

existentiel 

 

La seule fois où il a parlé c’est à la fin de sa vie, à travers sa poésie, qui 

 

lui a permis de s’exprimer le plus authentiquement possible . 

 

Les 88 poèmes de Birthday Letters racontent l’histoire de son couple, 

 

le mal de vivre de sa femme.

 

Connie Palmen, l’écrivaine du roman , s’est plongée avec intérêt dans 

 

ses poèmes qui ont structuré son roman . 

 

A travers les poèmes de Hugues, elle a tenté de remettre un peu de 

 

justesse dans une relation qui a été si mal interprétée par le monde 

 

extérieur et dont Ted Hugues s’est retrouvé être le seul et unique 

 

responsable.

 

 À la mort de Sylvia PlathTed devient l'exécuteur testamentaire de 

 

l'héritage personnel et littéraire de son épouse. 

 

Il supervise la publication de ses manuscrits, notamment celui 

 

d'Ariel en 1966. 

 

Bien que ce fait n'ait jamais été prouvé, il est suspecté d'avoir détruit le 

 

dernier cahier du journal intime de son épouse, qui aurait contenu des 

 

détails sur leur vie commune. 

 

Ces « détails » décrits par Sylvia dresseraient le portrait d’un homme 

 

volage, violent, incapable de mener une vie normale.

 

C’est peu dire la surprise et le choc émotionnel qu’il a dû éprouver s’il a 

 

découvert une rage et un tel décalage dans l’écriture de sa compagne qui se disait 

 

heureuse avec lui, malgré ses démons.

 

L’histoire avait pourtant bien commencé. 

 

C’est un amour passionnel, qui unit ces deux personnages .

 

Une véritable rencontre.

 

"D’une femme qui vous inflige une morsure en guise de baiser, j’aurais

 

dû deviner qu’elle envisageait l’amour comme un combat ». 

 

Car Sylvia Plath, derrière sa gaieté  exubérante, est une femme qui sort 

 

de l’ordinaire

 

Elle est  sauvage, pétrie d’angoisses, de colères , de jalousie, elle est 

 

excessive, exaltée, volubile et vit dans un monde parallèle quand les 

 

tourments l’emportent.

 

Elle frôle la folie, ne cesse de flirter avec la mort et l’auto –

 

destruction et est obsédée par ce père absent, mort trop tôt que toute sa 

 

courte vie elle va chercher à rejoindre et par une mère possessive auprès de

 

qui elle ne cessera de chercher l’approbation dans ce qu’elle entreprend.

 

Tout est contradiction chez elle.

 

Très vite Hugues sentira le danger que cette femme projette, mais 

 

attiré par le charme inouï qu’elle dégage et la douleur qui émane 

 

du plus profond de son être, il ne pourra lui résister .

 

Leur amour est fusionnel, ils partagent une passion intellectuelle qui ne 

 

cesse de grandir, l’amour des lettres et de la poésie. 

 

Ils sont touchés par le monde qui les entoure de façon similaire , leur 

 

amour physique est dévorant , brûlant et ils ne peuvent se quitter.

 

Très vite , il veut devenir son ange gardien, celui qui la protège de ce 

 

monde qui la blesse tant : « j'éprouvais le besoin d’être son brave saint-

 

bernard, de la protéger de tous les maux et de la guider en toute sécurité 

 

dans la jungle »  .

 

Hugues connaîtra très rapidement le succès avec ses poèmes inspirés 

 

au début par la nature, et en particulier par l’innocente sauvagerie des 

 

animaux. 

 

Plus tard il s’ancrera d’avantage dans les mythes.

 

Très vite attiré par la nature et agacé par le monde littéraire avec ses 

 

courtisans et ses mondanités ,il cherchera avec Sylvia un mode de vie 

 

campagnard loin des dangers de la ville et de ses tentations pour élever 

 

leurs deux enfants et tenter de vivre en paix.

 

A force de vouloir protéger à tout prix sa dulcinée et de ne cesser 

 

d’écouter « sa meute de loups » qui l’empêche de vivre , à force de se 

 

noyer dans les chagrins et les douleurs de sa femme,  Hugues va 

 

oublier sa propre histoire , ses démons et se perdre dans ceux de 

 

sa femme au point de devoir fuir pour ne pas suffoquer.

 

Sylvia, obsédée par la réussite, la reconnaissance de ses pairs,

 

assoiffée de mondanités pendant ses moments de répit, mettra 

 

beaucoup plus de temps à être reconnue pour son travail et luttera avec 

 

ses démons qui ne cesseront de la faire douter d’elle-même et de la 

 

plonger dans des moments de dépression nerveuse intense.

 

Hugues finira par la quitter pour une autre femme et le paiera très cher, 

 

trop à mon avis , mais la fin tragique s’annonçait dès le départ . 

 

Et c’est ce que le lecteur sent dans ce livre. 

 

Dès la première page, la tragédie se distille comme un mauvais 

 

poison, entraînant avec elle la destruction de tout ce qui l’entoure.

 

« Cette fascination morbide quelle avait pour la mort même la maternité 

 

n’a pas été capable de l’effacer ».

 

Je pense personnellement que ce livre décrit parfaitement les moments 

 

de souffrance et de désespoir que Hugues a dû vivre en voyant 

 

la femme qu’il aime se consumer à petit feu. 

 

Quelle n’a pas dû être sa surprise, quand après sa mort, il aurait 

 

retrouvé « ses fameux diaries » le décrivant comme un homme 

 

incapable de rendre sa femme heureuse, allant jusqu’à la torturer par 

 

son côté volage et infidèle, lui qui l’a tant aimée et qui s’est sacrifié pour 

 

elle, au point de perdre par moment son "moi-poétique" et 

 

d’abandonner sa propre vérité. 

 

La seule chose qui me pose question est que, quelques années plus-tard, 

 

sa deuxième compagne se suicidera également en entraînant leur fille 

 

dans la mort. 

 

Faut-il y voir un pur hasard ou à nouveau le geste d’une 

 

femme incomprise , abandonnée et désespérément malheureuse en 

 

mariage ?

 

La vérité n’est sans doute pas si tranchée et Hugues poète ténebreux, 

 

n'étant probablement attiré que par des femmes aussi vibrantes et exaltantes que 

 

sombres et dangereuses.

 

Ils étaient beaux, ils avaient tout pour réussir et pourtant la vie ne leur a 

 

pas fait de cadeau.

 

J’ai été subjugée par cette histoire mais également par l’écriture si riche 

 

et dense, qui plonge le lecteur dans les ténèbres des sentiments des 

 

protagonistes

 

 

 

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload