« L’art n’est rien d’autre qu’une tromperie. Je suis un mensonge qui dit la vérité dira Picasso » «


Ce livre est l’histoire de l’amitié profonde de deux génies, qui a priori,

n’ont rien à voir l’un avec l’autre .

Charlie Chaplin, star mondiale du cinéma muet, clown au regard triste

qui séduit Hollywood dans les années 30 et Winston Churchill,

l’homme d’État britannique, célèbre pour sa lucidité face au nazisme,

son action déterminante en tant que premier ministre du Royaume Uni

de 1940 à 1945 et pour ses qualités d’orateur et d’écrivain.

Deux Hommes qui se rencontrent à des moments différents de leur vie

et de leur carrière.

Quand Chaplin rencontre Churchill, il est pratiquement au sommet de

son art, bien qu’il soit poursuivi par divers scandales dans ses relations

extra-conjugales avec de très jeunes filles.

Churchill, en revanche, a déjà quitté le parti libéral pour revenir au parti

conservateur, quelques années après son éviction temporaire du

gouvernement à la suite de la défaite des Dardanelles dont il est tenu

responsable, ce qui, à l' époque, rend son bilan politique mitigé.

Les ragots sur cet étrange duo vont bon train et occupent pendant un

moment les journaux à sensations, sans jamais livrer d’informations

sérieuses.

« Comme des scouts, les deux hommes s’étaient juré de ne jamais

parler de leurs promenades et de leurs conversations ».

S’ils n'en parlent à personne, c’est parce que leur conversation tournent

autour d’un seul et même sujet : le suicide.

Les deux hommes se sentent constamment menacés par la dépression,

"le chien noir", ce mal, qui tout au long de leurs vies n’a cessé de planer

au-dessus de leurs têtes.

Ainsi, convaincus de cette amitié profonde qui les lie, ils parvinrent à

s’empêcher d’emprunter ce chemin.

Ce qui est intéressant dans ce livre c’est le fait que ces deux hommes

n’ont rien en commun: A commencer par leur apparence, mais

également leur origine et leurs opinions politiques.

Cette situation étrange suscitera chez eux un sentiment de familiarité

déroutante.

Le livre est touchant parce qu’à travers leurs échanges épistolaires et

leurs confessions, le lecteur découvre la face cachée de ces deux

monstres sacrés, leurs doutes, leurs angoisses, leurs questionnements .

Le portrait que fait l’écrivain de Churchill est particulièrement

émouvant.

il décrit un homme à qui l’activité de peintre, et d’écrivain permet de se

libérer de ses démons.

Brillant orateur, Churchill est un homme de silence en petit comité qui

passe son temps à décrypter la nature humaine.

A propos de son ami il dira « Je savais qu’on voyait rarement la vérité

sur son visage. On y voyait la vérité du clown qui en dit long sur celui

qu’il était en train de jouer.

En revanche elle ne nous disait rien sur lui-même ».

Churchill, quant à lui, "est un film transparent, laissant apparaître la

moindre émotion, traduite en afflux sanguin sur son visage ».

Dans le livre Winston me paraît davantage humain, moins préoccupé

par sa personne et la réussite que Chaplin.

Churchill craignant surtout que sa fille Sarah ne sombre dans la même

addiction que sa mère, celle du goût insatiable des hommes, il veut tout

faire pour aider la jeune femme dans sa carrière d’actrice sans pour

autant en faire une fille à papa.

Sarah, sa préférée, celle, qui ressemble tant à sa mère, femme aux

mœurs légères, dont la dévorante joie de vivre lui fait tant défaut, le rend

souvent mélancolique.

Quand Sarah s’envolera pour les Etats-Unis, Il confiera à Chaplin son

besoin qu’il veille sur elle.

Chaplin, qui a grandi avec son frère Sidney dans la misère et les

privations, entre un père qui les abandonnera et une mère

psychologiquement instable, nourrit un véritable désir de

revanche sur le destin.

Cette bataille sera le fil conducteur d’une vie.

Obsédé par sa carrière, Il fonde sa propre maison de production afin de

réaliser ses films jusque dans les moindres détails sans devoir se

soucier du temps et des finances.

Véritable artiste et génie visionnaire il est également un homme

d’affaires avisé dont l'ascension est fulgurante.

Très préoccupé par lui-même, il fera deux fois défaut

à Churchill réalisant après coup l’égoïsme dû à son égocentrisme.

Il s’en rendra très vite compte et ne cessera par la suite

d’être présent pour son ami de toujours.

A la différence de Churchill, qui lors de leur rencontre n’a pas encore

atteint le sommet en politique, Chaplin au point culminant de sa carrière,

va connaître avec les années le déclin dû à

l’avènement du cinéma parlant auquel il se soumettra avec difficultés .

Sa vie sera jalonnée d’adulations et de controverses, ce qui à certains

moments de sa carrière l’endommagera au point de se

laisser envahir par « le chien noir ».

"Vous ai-je dit que mon ami Charlie Chaplin et moi sommes des

collectionneurs passionnés des différentes manières de se suicider?

Nous choisissons une méthode et imaginons comment ce serait de nous

l’appliquer à nous-mêmes ».

Ce qui m’a intéressé dans ce livre c’est la complexité des deux

personnages, si différents dans leurs relations avec autrui, dans la façon

d’appréhender leur art, le cinéma pour l’un, la peinture et la littérature

pour l’autre.

William Knott, le secrétaire personnel de Churchill a rencontré le père

de l’écrivain.

Cette rencontre fut le début d’une correspondance suivie - deux à trois

lettres par semaine, souvent longues d’une dizaine de pages, pour

chacun-qui dura dix ans jusqu’à la mort de Knott.

Tout ce que l’écrivain raconte est basé sur leurs échanges, les

confidences de Knott et les documents qu’il a gardé témoignant de cette

précieuse amitié entre deux personnalités

géantes, qui malgré leur différences ont été si semblables dans leurs

interrogations, dans leur mal de vivre, dans leur solitude.

Deux êtres humains tout simplement