«Ce récit est d’abord un conte. Je l’ai écrit avec un seul espoir : faire aimer ces êtres comme ils se sont aimés eux-mêmes et surtout les comprendre. Ce qui fait leur prix à mes yeux, c’est d’avoir dépassé la vision binaire du couple : soit fusionnel, soit déchiré ».

April 25, 2019

 

S’ils n’existaient pas, il faudrait les inventer. 

 

Edgar et Ludmilla est l’histoire d’un couple, de deux personnalités, qui se

 

rencontrent très jeunes, encore inexpérimentées et qui à travers le temps, les

 

expériences qu’ils font et les connaissances qu’ils acquièrent, changent 

 

énormément.

 

A travers leurs parcours, ils reflètent la France des Trente Glorieuses

 

Cette France où tout est encore à faire, possible, cette France où tout est encore

 

permis. 

 

Ces deux personnages, dont les racines sont si éloignées, lui un peu paumé, un

 

peu perdu, elle, jeune villageoise dans l’ex-union soviétique, vont se rencontrer,

 

vivre un coup de foudre aussi bref qu’intense, et finir par se marier, se quitter, se

 

remarier et ainsi jusqu’à la fin de leur vie, d’où le titre du livre.

 

A travers leur histoire personnelle, leur carrière, celle d’Edgar, qui, après avoir

 

rencontré de nombreux échecs, finit par devenir le self-made man, une sorte

 

de Bernard Tapie des années 80, et Ludmilla, qui, pendant des années, 

 

peine à devenir une des plus grandes cantatrices du 20ème siècle, le lecteur est

 

invité à suivre les différentes phases de leurs vies, l’insouciance liée à leur

 

jeunesse, où on les découvre encore fragiles et naïfs mais

 

tellement attendrissants, puis la trentaine, la quarantaine, où l’égocentrisme, la

 

construction de leur carrière prend le dessus, à tel point qu’ils en deviennent des

 

monstres d’égoïsme et puis la cinquantaine où les ennuis commencent, les

 

désillusions s’accumulent, les trahisons, les regrets et jusqu’à la mort qui les

 

séparera définitivement.

 

Ce qui m’a plu dans ce livre, même si le début, est un peu long, ce n’est pas leurs

 

séparations et leurs retrouvailles qui, je trouve, sont un peu faciles et très de

 

l’ordre du roman de gare, mais davantage le fait qu’à chacun de ces moments, les 

 

deux personnages sont différents, encaissent le choc du temps, les répercussions

 

de ces secousses historiques, qui de façon, directe ou indirecte, influent sur leur

 

vie.

 

Oui le livre est un peu cliché, un peu léger, mais n’est-il pas le témoignage d’une

 

société qui pendant 30 ans , nous rappelle qu’à une certaine période tout etait

 

encore possible à partir du moment où on jouait le jeu ?

 

Bien-sûr il fallait avoir un peu de chance mais c’était une société où le rêve était

 

accessible à tous et où, à partir d’un rêve, on pouvait construire une vie.

 

On peut se poser la question à travers ce roman, dont les personnages sont

 

complètement fictifs mais tellement vivants, qu’en cours de lecture j’ai recherché à

 

plusieurs reprises qui se cachait derrière Ludmilla, si le temps qui passe  

 

n’a pas eu raison des rêves de jeunesse de Rufin, qui a eu un rôle fondateur dans

 

l’humanitaire pour terminer, momentanément, comme grand imprécateur de

 

la France Insoumise

 

Période des années 70, pleine d’idéalisme dont Rufin faisait partie et aujourd’hui

 

dénonçant, à juste titre, une société dans laquelle le rêve, l’espoir, n’ont plus de

 

place., où la pauvreté et l'injustice sociale gagnent chaque jour du terrain. 

 

J’ai aimé la postface de ce livre.

 

L’écrivain se livre, avec honnêteté, sur l’histoire qu’il raconte, qui est un peu la

 

sienne, mais qui par le biais de la fiction, lui donne plus de facilité pour se

 

raconter. 

 

Lui aussi a connu plusieurs divorces et mariages avec la même femme.

 

« Je n’aurai pas eu le courage de briser cette convention en racontant directement

 

ma propre histoire. 

 

L’aveu chez moi prend toujours le masque de la fiction. En projetant sur des

 

personnages des passions que j’ai éprouvées moi-même, je me délivre de toute

 

inhibition, j’écarte la pudeur et accède à la liberté du créateur. »

 

C’est tellement séduisant de se raconter, de se mettre à nu, à travers une fiction.

 

Quelle liberté, celle d’être écrivain. 

 

A travers ce roman, j’ai senti le plaisir que prend Rufin à se 

 

dévoiler à demi-mots.

 

 

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