« Une œuvre découverte par hasard, par erreur, - à moins d’y voir la main réparatrice du destin-, et portée à la lumière après sa mort, dans ce qui s’apparente à la découverte d’un Van Gogh ou d’un Caravage dans le grenier. Aux innocents, les mains pleines, dit-on parfois.. »

May 1, 2019

 

Elle était digne, elle était courageuse, audacieuse, imprévisible, 

 

et tenace surtout.

 

Vivian Maier, est née du mauvais côté, celui des perdants, et dès 

 

l’enfance, ne fut jamais épargnée par la vie.

 

Une vie sans amour, une famille défaillante, où les coups 

 

pleuvent et où l’alcool fait trop bon ménage avec la misère 

 

humaine.

 

Une enfance, ballotée, malmenée, qui va engendrer un des 

 

plus grands génies de la photographie.

 

Avant-gardiste, Vivian Maier est libre, elle mène la vie qu’elle 

 

s’est choisie, une vie calme, modeste, trop parfois, une vie 

 

bancale lui permettant de fuir cette éternelle folie familiale qui 

 

l’a tant secouée.

 

Derrière cette femme banale, se cache une personne, une 

 

photographe hors du commun, qui en quelques secondes, au 

 

détour d’une rue, parvient à capter son modèle.

 

Pour échapper à son monde, elle se passionne pour la 

 

photographie, et notamment celles des rues.

 

Avec Vivian, nous sommes aux antipodes de la photo posée, 

 

du travail en studio. 

 

Ces photos nous parlent de la saleté des rues, de la tristesse 

 

des pauvres gens, du désespoir. Il y a des chaussures, trouées, 

 

des vêtements tâchés.

 

Nos regards sont attirés par ce qu’elle nous montre, par ces 

 

rues, ces visages, par ce flux de vie sans cesse renouvelée,

 

par ce lien si étrange,si bref et pourtant si captivant qui se crée 

 

entre le photographe et son modèle.

 

A travers les yeux de l’artiste, j’ai ressenti le désespoir chez

 

ceux qu’elle photographie, qu’elle reconnaît en une fraction de 

 

seconde et qu’elle parvient à fixer sur la pellicule. 

 

« Voilà sa force, »me suis dis-je.  

 

« Il faut avoir beaucoup vécu soi-même, connu la dureté et le 

 

difficile de l’existence, pour reconnaître ainsi en quelques 

 

secondes, dans un geste, dans un visage, dans un détail, le 

 

déroulement de toute une vie. »

 

Elle qui vient d’un monde semblable, qui s’est moyennement

 

insérée dans la société, elle est la seule qui peut capter ce 

 

moment intense et si bref, cet échange de regards tellement 

 

désespérés et déçus par la vie.

 

Toute sa vie Vivian a photographié. Elle n’a pas arrêté, un jour, 

 

une heure, une minute, une seconde.

 

Travaillant comme nounou chez des familles très aisées, elle 

 

me fait penser à la « Marie Poppins des riches » qui

 

photographie tout ce qui bouge.

 

Elle a été aimée et détestée en tant que nounou.

 

Concernant son travail, elle n’a jamais, tout simplement,

 

cherché à le rendre public, jamais une exposition, car n’ayant 

 

jamais bénéficié d’attention, elle ne l’a pas recherchée. 

 

C’est à travers un autre regard, avec cet autre médium qu’est la 

 

photographie, qu’elle a décidé de donner un sens à sa vie. 

 

Et le résultat est bluffant.

 

Ce qui est révoltant pour la lectrice que je suis, qui, à côté de 

 

mes critiques littéraires, vit constamment dans le milieu de l’art 

 

puisque c’est mon métier et que je connais donc bien, et 

 

presque incompréhensible, c’est son besoin manifeste de rester 

 

dans l’ombre et de ne pas chercher à promouvoir son travail. 

 

« Finalement, seul le geste donna un sens à sa vie, la sauva 

 

sans doute du désespoir, peu importe la gloire, la 

 

reconnaissance. »

 

« Quelle grande dame vous fûtes… »

 

Dans une période comme la nôtre, où les égos 

 

surdimensionnés se confondent, s’entrechoquent où les

 

biceps se gonflent, où tout n’est que volonté de réussite et de 

 

clinquant comme passe-partout dans la vie, et où la plupart 

 

des gens  n’en finissent pas avec cette quête insatiable

 

d’approbation, de reconnaissance, d’admiration, Vivian Maier 

 

est libre, authentique. 

 

Elle vit, elle voyage, élargit ses visions, s’ouvre au monde, 

 

même si en société, elle reste un oiseau rare, un peu sèche, 

 

revêche même parfois.

 

Ses photos mettent à nu ceux qui se trouvent devant l’objectif, 

 

le dialogue est immédiatement instauré, le clic les pousse en un 

 

quart de seconde à se démasquer.

 

J’ai adoré ce livre.

 

« Difficile, raconte l’auteur, de retracer l’histoire 

 

de Vivian Maier.

 

Une femme si secrète, si compliquée, si mystérieuse, comme 

 

toute la famille dont elle est issue ». Une vie obscure, à propos 

 

de laquelle les témoignages sont aussi contrastés que pouvait 

 

l’être son caractère.

 

Difficile d’écrire sur une femme qui n’a jamais parlé de ce 

 

qu’elle faisait, qui n’a jamais raconté d’où elle venait et dont les 

 

photos n’ont été découvertes qu’en 2009 par le plus pur des 

 

hasards.

 

Lors d’une vente aux enchères assez insignifiante, un jeune 

 

homme, John Maloof, achète une boîte contenant des milliers 

 

de pellicules et de films. En découvrant le travail de Vivian

 

Maier, il décide de rendre hommage à la femme et à son génie, 

 

en lui offrant, une deuxième vie.

 

Au fil du temps, il reconstitue son parcours, rencontre des gens 

 

qui l’ont connue, récolte des témoignages.

 

Il lui offre enfin une reconnaissance mondiale tardive qu’elle n’a 

 

pourtant jamais recherchée dans sa vie.

 

J’ai été touchée par cette femme, que l’auteur a essayé 

 

d’approcher au plus près, le plus dignement possible. 

 

Prise de curiosité, je suis allée rechercher son visage sur internet. 

 

Son austérité, ce visage qui ne sourit jamais, ce look un brin 

 

désuet et ce chapeau qui, comme une crêpe ramollie ne la 

 

quitte jamais, m’ont sauté aux yeux.

 

Cette femme n’a jamais essayé de séduire, de capter 

 

l’attention, si ce n’est de ceux qu’elle avait en face d’elle, 

 

heureusement toujours protégé par l’image, le clic…

 

« Elle ne cherche ni à plaire, ni à se plaire, mais peut-être 

 

seulement à vérifier sa propre présenc eau monde. »

 

Voilà ce qui fait d’elle une si grande artiste.

 

Et une grande dame!

 

Qui a sans doute cherché à se réparer en 

 

photographiant des êtres humains qui lui ressemblent.

 

"Malgré la misère, la vie reste possible." 

 

Vivian en est la preuve

 

A découvrir, si vous ne connaissez pas son travail, dans 

 

lesmotsdanouk.com.

 

 

 

 

  

 

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