« Devenir fou, c’est couper les ponts de toute communication possible. C’est brûler vif comme un carré de sucre plongé dans un café, sentir qu’on est en train de se noyer puis se désagréger »

February 1, 2020

 

Le bal des folles de Victoria Mas est un roman qui m’a surtout attirée par son titre. 

 

Qui sont ces folles? Et pourquoi le sont-elles ?  Qui sont ceux qui les jugent folles ?  

 

En lisant ce roman, je prends une fois de plus conscience de la difficulté à définir la notion de folie qui

 

varie selon le temps.

 

Ce qui à une époque est considéré comme hors norme, ne l’est pas nécessairement 50 ans plus tard.

 

Dans le livre de Victoria Mas,  nous sommes en 1852 . 

 

Charcot est le médecin chef de la Salepêtrière

 

Il teste toutes les techniques expérimentales de l'époque, l'hypnose mais aussi

 

l'électrothérapie, l'hydrothérapie, le magnétisme, la métallothérapie. 

 

En  mettant en scène ces techniques combinées, il provoque des « névroses expérimentales »,

 

reproductions artificielles des symptômes dont souffrent ses patientes, mettant ainsi en évidence les

 

quatre phases de la « grande hystérie ». 

 

A l’époque les femmes qui sont internées à l’hôpital ne sont souvent pas folles

 

mais inadaptées à ce qu’attend d’elles la société. 

 

Leurs conjoints ont l’avantage de pouvoir les interner sans que les choses ne s’ébruitent et sans

 

même, bien sûr, leur consentement.  

 

Dès la moindre manifestation de désordre mental, les bourgeoises sont rapidement soignées et

 

conduites dans une chambre fermée à clef, quitte à, parfois, être oubliées à jamais . 

 

Qu’elles soient femmes adultères, prostituées, dépressives, battues ou paralysées, les murs de la

 

Salepêtrière abritent leurs fantômes qui ont hanté les lieux et dont les murs seuls peuvent  rendre fou

 

quiquonque, même s’il ne l’était pas en entrant. 

 

C’est le cas d’Eugénie qui a le malheur d’avouer à sa grand-mère,avec laquelle elle partage tous ses

 

secrets, son don de pouvoir communiquer avec les morts.  

 

Trahie par cette dernière, le père d’Eugénie la fait interner afin qu’on entende plus parler d’elle jusqu’à la

 

fin de ses jours.  

 

Eugénie n’est pas folle et c’est à travers ses yeux et son histoire personnelle que le lecteur découvre tout

 

ce  petit monde qui compose la Salepêtrière

 

Eugénie, internée, comprend très rapidement que le moindre faux pas, la moindre attitude ambiguë

 

attire une attention dont elle se passerait bien.

 

Le moindre écart suspect risque de la condamner jusqu’à la fin de ses jours. 

 

Geneviève, l’infirmière en chef va être prise au dépourvu par cette patiente qui l’intrigue et qu’au début

 

elle croit folle à lier

 

Petit à petit et après de multiples prédictions proférées par Eugénie et qui se seront avérées vraies, les

 

rôles vont s’intervertir.

 

Geneviève luttera corps et âme pour faire sortir Eugénie de cette prison (elle y parviendra) et en paiera

 

le prix d’être enfermée à son tour et considérée à jamais comme folle et inadaptée à la société.

 

Ce qui m’a intéressé dans ce livre c’est la fascination que continue d’exercer la folie quelle que soit

 

l’époque dans laquelle nous vivons. Les fous ont toujours suscité une curiosité morbide. 

 

Ils nous font peur tant nous craignons de leur ressembler, de terminer comme eux, en donnant libre cours

 

à nos névroses.

 

Le bal des folles raconte aussi l’histoire de ce fameux bal organisé chaque année par la Salepêtrière .

 

« Ce soir-là, par une pitié suprême, on tâche de faire de ces déshéritées des femmes comme les

 

autres, d'éveiller leur esprit bercé de chimères, de leur donner la joie naïve, — à elles qui sont

 

redevenues des enfants, — d'un plaisir enfantin.

 

Un mois durant, elles ne songent qu'à cette soirée, qui compte pour elles comme un événement capital. 

 

On leur fournit les moyens de préparer des costumes qu'elles taillent et cousent ingénieusement,

 

déployant là des ressources d'imagination singulières : cette tension d'esprit est salutaire pour ces

 

malheureuses; elle endort leur mal, elle éloigne d'elles les troublantes visions qui les hantent.

 

Quelques invités sont admis à cette fête étrange, et ils en sortent avec une émotion profonde : il est

 

difficile de n'être pas secoué violemment par ce spectacle de la folie vraie dansant et s'amusant, et

 

contrefaisant la folie factice du Paris s'étourdissant en une nuit de plaisir consacrée ».

 

Selon moi, Il ya quelque chose de pathétique, de misérable et voyeuriste dans cet évènement que 

 

représente cette tragédie avec sa part comique.

 

Le tout Paris se précipite pour, admirer le temps d’une soirée, « ces hystériques indomptables », dont

 

l’espoir est de se faire remarquer.

 

La mise à nue de ces patientes, présentées comme des fauves, laisse à  la lectrice que je suis, un goût

 

amer.

 

Les temps ont changé, mais la même curiosité morbide envers la folie ne cesse de hanter nos esprits. 

 

Le spectacle est, certes, intéressant, mais il est en même temps fort pénible, car, si toutes ces

 

pauvres femmes, profitant d'un court répit, semblent oublier leur mal, on sent qu'il les guette et que d'un

 

instant à l'autre il les couchera, tordues dans des crises terribles qui les rendront pareilles à des bêtes 

 

furieuses.

 

Depuis toujours, les hommes en ont enfermé d'autres au nom de "La Folie", cette supposée incapacité à

 

s'adapter aux moeurs et aux régimes de l'époque.

 

Il suffit de penser aux hôpitaux psychiatriques staliniens qui regorgeaient d'inadaptés au système,  

 

"La Folie" servant trop souvent de prétexte aux gouvernants pour écarter les opposants .

 

 

 

 

 

 

 

 

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