"Ils ne sont plus là, ils sont ailleurs. Leur vie a pris fin mais leur histoire continue. Il faut parler des morts, raconter leur vie, se souvenir de leurs joies, de leurs voix, de leurs humeurs, de leurs heures parfois si brèves sur terre. Il faut en parler parce que taire leur nom, c’est les faire mourir une seconde fois. Il faut en parler toute l’année, de janvier à décembre. Et recommencer. Il ne faut jamais croire, pas même une seconde, que tout passe , que l’on se lasse de penser à eux . Un jour, un mois, un an, dix ans: tous les jours, c’est le lendemain de leur mort. Nos morts sont en nous, au bord de nous. Pour toujours. Évidemment

                                 vc 

Le titre “Un enfant” a immédiatement attiré mon regard.

 

Lorsque j’ai décidé d’acheter ce livre, je me suis posée beaucoup de questions sur moi-même .

 

Quel plaisir prendrais- je à lire un livre qui raconte la mort d’un enfant?

 

Étais-je victime de ce voyeurisme véhiculé par notre société au point de devoir m’immiscer dans la vie

 

privée de gens que je ne connais pas?

 

Qui sont cette pédiatre, Patricia Vergauwen, et ce journaliste, Francis Van de Woestyne, qui livrent

 

ainsi leur douleur au public sans gêne aucune?

 

Que pouvait-on encore raconter qu’on ne sache déjà?

 

Dès les premiers pages je me suis laissée prendre par l’écriture fluide de deux êtres humains, un

 

homme, une femme, un père, une mère qui, avec des mots simples, chacun selon sa personnalité,

 

appréhende le drame qui survient dans cette famille aimante et unie.

 

Les différences se dessinent dès les premières pages.

 

Chacun doit faire face à l’horreur sans y avoir été préparé .

 

La mise en page nous invite à découvrir les pensées les plus intimes, les plus belles, les plus

 

désespérées de ces deux êtres plongés dans les abysses les plus noires de leur destinée.

 

A la mort de son enfant, la mère est plus forte que jamais.

 

Elle est la colonne vertébrale de cette famille recomposée.

 

Elle ne peut s'effondrer devant les autres enfants et se laisser aller totalement.

 

C’est une attitude que j’ai souvent observée dans des situations analogues.

 

Lui en revanche, est dans l'effondrement total face à l'horreur absolue en temps de paix.

 

Il pleure, il hurle, il s’isole, il se laisse aller dans la douleur, dans sa douleur.

 

Cependant au fil des pages, la mère, la maman se relâche enfin, joliment, avec pudeur.

 

Ce sont les plus belles pages du livre, le cri d’une mère désespérée qui ne sait plus vivre, sentir,

 

ressentir, tant son amour est fort pour ce petit dernier qu’elle appelle si tendrement « Mon adoré ».

 

« Son adoré « ce petit dernier d’une famille recomposée qu’elle a tant voulu, ce petit avec qui elle a tant

 

partagé , son bonbon , ce petit ange démoniaque , chouchou de sa nouvelle famille.

 

Le deuil y est décrit dans toute son horreur psychique et physique que ces deux amputés de la vie

 

vivent pleinement.

 

Une écriture fluide mais désespérément calme, face à ce déchirant saccage d'une vie heureuse.

 

Ce livre ne suscite pas l’empathie, il suscite l’admiration, l'éblouissement le respect devant la dignité de

 

ce couple meurtri.

 

Nous pourrions tous un jour vivre le cauchemar le plus absolu.

 

Comment réagirions nous ?

 

Le livre ne pose pas la question clairement mais l’idée s'invite sournoisement dans nos pensées, dans

 

nos entrailles.

 

Ce sont les injustices de la vie , pourquoi moi pourquoi pas lui , ou l’inverse.

 

A tout moment, partout, cela arrive : le malheur s'installe dans la vie des gens sans crier gare.

 

Nous n’avons le contrôle de rien et ce n'est sans doute que lorsque les parents l’admettent enfin,

 

qu’ils peuvent laisser leur fils s’envoler mais rester veiller sur eux d’un peu plus loin.

 

Le laisse mourrir cela ne veut pas dire qu'il n'est plus là...il a juste besoin de trouver une nouvelle

 

place , sa place, en espérant que lors du prochain rendez-vous , dans quelques années, ils se

 

retrouvent pour de bon.

 

Rien de mieux que de découvrir un pur chef d’œuvre quand on ne s'y attendait pas.

 

 

 

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