"Ce pourrait être le point de départ d’un roman noir comme on en lit beaucoup: une enquête, des suspects, un contexte social, de troubles motivations criminelles. Le narrateur de Richard Krawiec ne se contente pas de raconter : il vit, et revit sans fin ce drame, déchiré entre la naïveté du jeune garçon qu’il était au moment des faits et l’implacable lucidité de l’adulte d’âge mur décidé à tout dire."

March 31, 2020

 

 

1967. L’année des émeutes raciales aux Etats-Unis. 

 

Des années où l’on est raciste de père en fils .

 

Stewart Rome, devenu maire d’une petite ville américaine, se souvient d’un fait sordide qui l’avait

 

bouleversé à l’époque.

 

L’assassinat de Masha, jeune polonaise émigrée qui, malheureusement, sortait, dans ce contexte de

 

racisme, à la mauvaise époque avec un jeune garçon de couleur, Tremett, pas si coupable que ça.

 

Paria est un livre qui ne suscite pas la nostalgie des années 60, bien au  contraire .  

 

Loin du flower power de ces années-là, le lecteur est plongé dans une petite ville de l’Amérique profonde 

 

où l’ouverture d’esprit fait cruellement défaut. 

 

« Une société minée par la peur, qui se nourrit de ses parias pour tâcher de survivre ».

 

La banalité est le quotidien,  les dialogues sont violents, les descriptions d’un réalisme souvent très cru.

 

Il n’y a pas de place pour le sentiment, la gentillesse,l’empathie.

 

En semant la terreur, ces ados se battent depuis leur plus jeune âge pour se faire respecter.

 

Ce sont souvent de petits voyous, qui passent leur temps à se défier, en faisant le plus de

 

bêtises possibles,plus forts qu’ils le sont.

 

Les moqueries et les coups bas remplacent la générosité. 

 

Leur langage est cru, violent, dénué de tout sentiment… Il n’y a pas de véritable amitié.

 

Seule chose en partage: leurs délits.

 

Ils commettent des vols à l’étalage, fontdu racket, déclenchent des bagarres.

 

La drogue à titre purement expérimental ne leur procure aucun plaisir, aucune « expérience » autre que

 

celle de tenter de passer le temps et d’échapper à ce sentiment d’étouffement qui les mine depuis

 

toujours

 

Pas de culture non plus, pas de livres.

 

De toute façon le temps ne s’y prête pas. 

 

L’ambition n’a pas sa place. Il faut survivre!

 

Personne ne semble échapper à cette destinée médiocre qu’offrent ces petites villes.

 

On y naît pour y mourir et entre les deux c’est une vie de frustration que les enfants découvrent depuis

 

leur plus jeune âge et auquel il est très difficile d’échapper.

 

Pour ces enfants d’ouvriers, il n’y a pas de loisirs, de divertissements.

 

Les parents n’ont guère le temps de s’occuper de leur progéniture. 

 

La seule chose qui reste à ces adolescents incultes et desœuvrésest d’errer dans la ville pour oublier leur

 

propre misère.

 

« Ce roman raconte la manière dont l’Amérique fabrique ses parias, Italiens, Irlandais, Juifs, Portoricains,

 

Polonais… Les uns prennent la place des autres lorsqu’ils montent un échelon dans l’inframonde dans

 

lequel ils vivent tous.

 

Et puis il y a les noirs, parias éternels, et les femmes à qui l’on dénie le droit d’exister en dehors de la

 

place que les hommes veulent bien leur assigner ».

 

Stewart Rome, Stewie, a gravi les échelons. Il est devenu maire … mais à quel prix ? ll a grandi dans un

 

monde où dit-il, « on ne peut être qu’un prédateur ou une proie ». 

 

Qui est-il vraiment ? 

 

Son récit laissera peu à peu entrevoir le véritable manipulateur qu’il est. Et surtout, à demi-mots, il

 

raconte cette véritable blessure, qui ne cesse de le hanter.

 

Paria, est un livre qui pourrait,malheureusement,se passer n’importe où et n’importe quand. 

 

Et c’est tout aussi malheureusement le drame qu’encourent toutes ces villes laissées pour compte où

 

depuis toujours il n’y a pas de place pour le rêve tant la réalité est présente et cruelle . 

 

Le chômage, la misère, le manque d’accès à l’éducation..; peu importe où et quand, ce sont les éternels

 

maux de la société qui ne cesseront d’entraîner la dérive de nos concitoyens.

 

Ce livre n’a rien de franchement éblouissant.

 

Il raconte ce que nous savons tous, sans y prêter une véritable attention, un peu comme s’il s’agissait

 

d’une abstraction,  mais il nous met par son écriture sobre et cette langue telle qu’on la parle et non pas

 

seulement telle qu’on l’écrit, face à ce qui n’est précisément pas une abstraction mais une triste réalité. 

 

Il a pour cadre l’Amérique profonde des années 60. Il pourrait avoir pour cadre n’importe quelle petite ville

 

de n’importe quel pays, aujourd’hui.

 

Il ne décrit pas seulement ces provinces laissées pour compte, il raconte aussi l’éducation laissée pour


compte, cette éducation dont nous savons tous qu’elle est l’un des éléments principaux pour faire que la

 

vie soit autre chose qu’un simple passage de la vie à la mort, dans une misère culturelle, intellectuelle,

 

financière. 

 

Ce livre joue pleinement son rôle de livre.

 

Il nous pose des questions auxquelles la majorité d’entre nous serait bien inspirée de ne pas vouloir

 

échapper. 

 

 

 

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