« C’est l’histoire d’une fleur bleue qu’on trempe dans l’acide ».



Chloé Delaume


Adelaïde Berthel a 46 ans.


Elle est attachée de presse et travaille aux Editions David Séchard.


Elle est à un âge où il y a des regrets, des renoncements, des deuils


Aphrodite, la déesse de l’amour et celle de la beauté, l’a quittée, se dit Adélaïde.


Adelaïde se sent tellement abandonnée.


Elle aimerait avoir un coeur synthétique pour arrêter de souffrir mais elle tellement fleur bleue et croit tellement au


prince charmant …..


Elle se regarde tous les soirs et tous les matins dans le miroir et découvre l’histoire d’une solitude qu’elle tente


d’apprivoiser pour survivre.


A 46 ans, Adelaïde vient de quitter son mari, Elias, auprès duquel elle s’ennuyait après de neuf ans de mariage, et n’a


qu’une obsession se recaser, au plus vite, pour finir par se marier.


Elle se sent trop vieille pour tout, et subit, très mal, l’absence de regard des hommes.


Elle refuse le jeu des rencontres sur les réseaux sociaux.


Elle n’est pas patiente et son seul but, sa seule pensée est de retrouver un homme à épouser au plus vite.

Elle vit sa situation comme étant désespérée. Elle n'est pourtant pas si grave pour autant.


Cependant l’héroïne est en situation de faiblesse et n’accepte pas son état.


C’est ainsi que débute le livre de Chloé DELAUME « Un coeur synthétique » publié dans la collection Fiction & Cie


des Editions du Seuil.


Au premier abord, il s’agit d’une histoire banale, qu’un grand nombre de femmes ont certainement déjà vécue et qui, à


l’âge que nous avons, tout comme l’auteur, nous parle certainement davantage qu’aux hommes puisque nous sommes


femmes.


Rien de dramatique, et certainement pas un nouveau livre, qui va nous apprendre quelque chose que les lectrices que


nous sommes, ne connaissent déjà pas.


Pourtant, Chloé Delaume a une écriture magnifique et surprend le lecteur par sa façon de traiter une histoire d’une


très grande banalité.


L’écriture ne nous laisse pas de répit.


L’humour est grinçant allant du potache à la subtilité.


C’est un livre clairement adressé aux femmes, écrit par une femme, qui bien que très cruel par moment, nous fait rire le


coeur serré.


Artiste multiforme et prolifique, l’écrivain se produit également en tant que musicienne, parolière pour Indochine,


chanteuse et performeuse. D’ailleurs le rythme du livre est musical: on y retrouve la répétition à de nombreuses reprises du nom d’Adélaïde (plus


de 70 fois dans le texte) juste parce que cela sonne bien.


Les titres des chapitres sont tous des titres de chansons, le texte est serré, bien construit et délicieusement cruel.


Le style, le mécanisme narratif constitue la principal préoccupation de l’auteur.


Et ça se sent .

Elle n’épargne aucun détail à ses lecteurs.


On flirte avec le trash, l’humour noir.


On sent qu’il y a du vécu, l’auteur connaît parfaitement le sujet : Une femme de 46 ans qui se retrouve sur le marché


de l’amour et qui souffre d’invisibilité.


Attachée de presse dans le milieu de l’édition littéraire, Adelaïde découvre qu’à son âge, elle n’a plus la même aura, et


même dans son boulot, elle commence à être sur la sellette.


Le livre est cruel mais tellement réaliste .


Adelaïde se veut féministe, indépendante, sans enfants, elle cherche à se dégager de l’injonction des hommes, mais


elle ne parvient pas à devenir affectivement autonome tant elle est soumise et dépendante de l’attention de la gente


masculine.


Elle se sent humiliée mais finalement, au fond d’elle, elle sait très bien, qu’elle fait fausse route.


Elle n’a pas encore 50 ans, il reste encore un peu d’espoir, mais son temps est compté et malheureusement elle


devient obsessionnelle.


Atteinte d’épousite aiguë, Adelaïde ne se sent pas complète sans homme, sans être en couple.


Elle s’interdit de vivre le début de ses histoires amoureuses, car elle doit se projeter immédiatement dans un schéma


sécurisant en se surinvestissant dans le couple au point de faire fuir l’autre.


Empêtrée dans ses histoires toutes faites, elle se retrouve dans un état de grande détresse et de solitude marqué par


la culpabilité.


Le livre est également une ode à l’amitié car l’héroïne a de la chance, elle peut compter malgré tout sur ses amies, qui


elles, lui apporteront la voie de la raison.


Finalement, le livre est très réaliste et décrit une situation banale mais tellement cruelle pour celles qui la vivent .


Car oui, passé un certain âge, la société n’est pas tendre avec les femmes, et si, certaines d’entre-elles s’en sortent


mieux que d’autres, c’est parce qu’il faut beaucoup de chance, une bonne dose d’humour sur soi-même, bien savoir


gérer un célibat tardif et surtout une force et une énergie à toute épreuve dans cette société qui prône avant tout le


jeunisme .